Les voyages d’une fontaine

Publié le 26/02/2024

Ces bas-relief en bronze représentant les Nymphes sculptées par Jean Goujon ont été adjugés 15 500 €

Le Floc’h

La fontaine des Innocents, installée au centre de la place Joachim-du-Bellay dans le quartier des Halles, à Paris, fut d’abord appelée Fontaine des nymphes. De forme rectangulaire, elle était adossée à église des Saints-Innocents, à l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue aux Fer, aujourd’hui Berger. Cette fontaine a connu de nombreuses tribulations depuis, transformée et déplacée jusqu’à trouver son emplacement. Une campagne de restauration complète devrait heureusement être achevée cette année.

Son nom de « Nymphes » lui avait été alloué lors de sa construction en 1549 et prenait place sur le chemin traditionnel de l’entrée des souverains dans la capitale. Dressée à l’occasion de l’arrivée du roi Henri II et de sa femme, Catherine de Médicis, à Paris, nul ne vit de symbole particulier dans les nymphes qui l’ornaient. En réalité, Pierre Lescot, qui l’avait réalisée, et Jean Goujon qui l’avait décorée, avaient suivi l’ère artistique du temps, celui de la Renaissance. D’ailleurs, les nymphes représentent davantage des naïades, celles qui apportent l’eau.

Il est courant dans l’histoire des arts que l’on effectue des répliques afin de décorer ses propres bâtiments ou jardin. Quatre grands bas-reliefs en bronze représentant les Nymphes sculptées par Jean Goujon (fonte du début du XXe siècle) ont été adjugés 15 500 € à Saint-Cloud, le 4 février 2024, par la maison Le Floc’h. Ces bronzes avaient été réalisés sur la commande de Gustave-Adolphe Clément-Bayard, constructeur d’automobiles et propriétaire des terres au Bois d’Aucourt près de Pierrefonds, où il avait fait bâtir un manoir de style néogothique par l’architecte Pacaud. En 1911, Clément-Bayard fit intervenir Édouard Redon (1862-1942), architecte-paysagiste afin d’aménager les extérieurs. Les nymphes de Goujon y trouvèrent leur place. Les originales, elles, furent donc ballotées d’une place à l’autre. La première fontaine ne bougea pas avant le XVIIIe siècle. Jusqu’au moment où les autorités décidèrent de déplacer les cimetières à l’extérieur de la ville. Celui des Innocents, plus communément qualifié de charnier jouxtant l’église du même nom, devait aussi être vidé. L’église des Saint-Innocents s’étant malencontreusement effondrée, elle fut détruite en 1785. La fontaine se retrouva isolée dans un coin d’une place destinée à devenir un marché. Elle gênait. On la fit démonter par des architectes qui lui donnèrent alors la forme d’un pavillon carré, ce qui fut exécuté par Auguste Pajou, qui ajouta trois naïades aux cinq de Goujon. Il en manque donc une à la reproduction demandée par Clément-Bayard. La fontaine, transformée et améliorée, fut placée au centre de cette nouvelle place.

Ce n’est pas fini, en 1856, elle fut à nouveau légèrement poussée dans un nouveau square, pour laisser la place aux bâtiments de Baltard. Le square a disparu, la fontaine est restée. On devrait la voir rajeunie en juin 2024. Et l’on comptera alors le nombre de nymphes.

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