L’exposition Hergé au Grand Palais

Publié le 28/10/2016

Affiche RMN-Grand Palais / Photo d’Hergé par Paul Nemerlin.

Adagp, Paris, 2016 – Hergé-Moulinsart

Très médiatisée, l’exposition Hergé du Grand Palais fera-t-elle date ? L’accent est mis sur l’art d’Hergé, soulignant et rappelant – n’était-ce pas une chose acquise ? – son originalité (la ligne claire), les multiples facettes de son talent (la BD certes, mais aussi la réclame), ses autres albums notamment ceux de Jo, Zette et Jocko – ah ! l’album mythique Le testament de Monsieur Pump ! –, jusqu’aux peintures signées Hergé qui accueillent le public dès la première salle. Elles ne brillent pas par leur originalité mais sont émouvantes à condition de connaître un minimum de la vie d’Hergé. Elles arrivent donc bien trop vite à la face du visiteur. C’est évidemment autour des aventures et albums de Tintin que l’essentiel tourne. La salle sur l’Orient donne la part belle au Lotus Bleu qui rencontre un vif succès auprès des visiteurs. Signalons aussi celle, réussie, consacrée à la tentation du monochrome et à la vibration du blanc. Côté collaborateurs et famille, Jacobs est cité, Germaine est à peine effleurée, Fanny reste très discrète, les aspérités sont gommées, la personnalité d’Hergé qui explique pourtant si bien ce qu’il dessine est à peine esquissée. Le circuit est fluide, les espaces aérés, la promenade est agréable. Sans plus. C’est ce « sans plus » qui pose problème.

L’art et ses dessins étant privilégiés, l’exposition livre en effet bien peu de choses sur la biographie d’Hergé, sinon par brèves et sages allusions ; la dernière salle ne livre guère d’informations, comme s’il s’était agi d’orienter le visiteur vers les livres en vente à la sortie (où l’on ne trouvera ni L’art d’Hergé de Pierre Sterckx ni les ouvrages de Jean-Marie Apostolidès). On regrette l’absence d’une salle qui aurait pu se nommer « Tintinologie » : on y aurait trouvé les études des tintinologues, quelques parodies des albums, peut-être une allusion aux associations de tintinophiles et leur travail, pourquoi pas une exposition de tous les livres écrits sur l’art d’Hergé et sur Hergé : son art, indissociable de sa biographie, en est aussi un du fait même d’avoir suscité autant de travaux, activités, études sérieuses, ou délirantes. Enfin déplorons la mauvaise qualité du son de quelques (bien trop courtes) vidéos (certaines sont quasiment inaudibles en l’absence de casques). Il est vrai que le chaland sera invité à se procurer à la boutique l’intégrale du film de l’exposition qui a donc ce côté irritant consistant à ne pas offrir grand-chose en espérant susciter l’achat du visiteur en sortant. Certes, n’omettons pas qu’en marge de l’exposition plusieurs conférences et films sont programmés en octobre et novembre, dont Divas, voyantes et concierges ou un Tintin à l’opéra qui s’annonce sous les meilleurs auspices le dimanche 20 novembre. Mais si cela fera la joie des Parisiens, les provinciaux venus le temps d’une promenade seront exclus de ces rendez-vous. La grande exposition Hergé reste donc encore à faire.

En attendant, ne boudons pas trop le plaisir car de belles planches crayonnées donnent à voir le génie du mouvement. Et finissons par trois belles notes : 1/ Les gosses sont nombreux, accompagnés par des parents ou des grands-parents qui les initient aux mystères des bulles, des phylactères et à la célébrissime famille de papier. Ils ont l’air d’aimer ; 2/ Les adultes en profitent pour vérifier la liste des albums de Tintin et compléter leur collection ; 3/ Saluons enfin le grand gagnant que les cimaises du Grand Palais mettent à l’honneur : un cadre est ici entier consacré au signor Cartoffoli. Aligné dans la galerie des portraits, le grand public découvre, hissé au rang des premiers rôles, cet élégant milanais qui n’était pas le plus connu des personnages des aventures de Tintin.

 

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Référence : LPA 28 Oct. 2016, n° 121t1, p.13

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