L’heure du thé

Publié le 27/06/2022 - mis à jour le 27/06/2022 à 10H54

Ligne du bas, deuxième tasse en partant de la gauche : cette tasse litron et sa sous-tasse (diam : 14 cm), datant du début XIXe siècle et de Saint-Pétersbourg, a été adjugée 2 596 €

Beaussant Lefèvre

Pots de terre, pots de fer, pots en bois… Dans quel récipient versait-on, autrefois, un liquide pour le boire ? Dans un bol ! Nous pourrions y ajouter de nombreuses réponses… Tout changea avec l’apparition de nouveaux breuvages comme le thé, le café et le chocolat. Le thé se dégustait à l’origine à la manière chinoise, dans des petites coupes en porcelaine importées par la Compagnie des Indes. Ceux qui ne souhaitaient pas sans cesse se resservir utilisèrent des bols en faïence d’abord, puis en porcelaine. La manufacture de Meissen eut l’idée d’y ajouter des anses. Nous étions au début du XVIIIe siècle, au moment où la porcelaine commençait à s’imposer en Europe. Le bol à une seule anse devient « tasse ». Les manufactures comme celles de Saint-Cloud, Vincennes et Sèvres commencent à décliner ces petits récipients en plusieurs tailles. Il y eut la « mignonnette », puis « le gobelet Calabre » et aussi la tasse « à la reine » ou « à déjeuner », et encore le « litron », dont le nom n’était pas encore récupéré par les amateurs de vins de consommation très courante. La « tasse litron », nous la connaissons, c’est la nôtre, l’ancêtre des « tasses à café ». Elle est de forme cylindrique et égale en diamètre et en hauteur. À côté d’elle, la « tasse à chocolat » est plus large et pourvue de deux anses, tandis que la « tasse à thé » s’évase légèrement. Sans oublier enfin la « trembleuse », celle qui s’emboîte dans sa soucoupe afin d’éviter de renverser le liquide contenu dans le récipient.

Un Normand a eu l’idée de collectionner les tasses. Il en a réuni une cinquantaine provenant des manufactures françaises, allemandes, autrichiennes et russes. Celles-ci ont été dispersées le 20 mai dernier à Drouot, par la maison Beaussant Lefèvre. Les adjudications se sont étalées entre 130 € et 2 500 €. La plus belle enchère a atteint 2 596 € pour une tasse litron et sa sous-tasse décorée en camaïeu gris d’un motif de fronton orné de personnages à l’antique se détachant sur un fond gris pâle orné de colonnes et filets, datée du début du XIXe siècle et provenant de Saint-Pétersbourg en Russie. Sans précision particulière, cette tasse est sortie de la Manufacture impériale de porcelaine. Cette dernière a été fondée en 1744 à Saint-Pétersbourg par ordre de l’impératrice Élisabeth, fille de Pierre le Grand. Devenue la première manufacture de porcelaine de Russie, elle devint très vite la troisième d’Europe. Au moment où cette tasse et sa soucoupe sortirent des fours, le tsar Alexandre Ier faisait réorganiser la manufacture. Elle existe toujours. Après la Révolution de 1917, elle est devenue « Usine nationale de porcelaine » (GFZ), puis en 1925, « Usine de porcelaine de Lomonosov ». Elle a repris en 2005 son nom historique.

• Beaussant Lefèvre, 32 rue Drouot, 75009 Paris

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