Li Tianbing, Kaleidoscope

Publié le 24/05/2022 - mis à jour le 24/05/2022 à 10H21

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Grandir enfant unique en Chine en raison de la loi promulguée sous le régime de Xen Xiaoping a été une souffrance pour Li Tianbing. Son rêve d’avoir une fratrie, il l’a réalisé à travers la peinture. D’où une création unique qui retient le regard et procure une réelle émotion.

« C’est l’art qui m’a sauvé », dit l’artiste. À travers le tourbillon des lignes et la force des couleurs, apparaissent des visages d’enfants (le sien), le plus souvent empreints d’une tristesse certaine, celle qu’il ressentait alors. Privé de frère et sœur avec lesquels il aurait pu jouer, grandir, vivre, il en a conservé une douleur latente, condamné à la solitude et aux regrets que seule peut diminuer la peinture qui immortalise son désir inassouvi. Une œuvre singulière remplie d’émotion et de force.

Li Tianbing est né en 1974, fils d’un général de l’armée chinoise. Lors de son enfance isolée, il dessine à la craie, une manière d’occuper le temps, de meubler sa solitude alors que ses parents travaillent. Il se destine à la carrière diplomatique et entre à l’Institut des relations internationales dont il suit les cours durant quatre ans. Ses études terminées, il comprend que la diplomatie n’est pas sa voie, la création plastique est essentielle pour lui et il décide de partir en France et de se présenter au concours d’entrée de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris qu’il réussit. Durant cinq années, il étudie l’art avec notamment comme professeurs Vladimir Velickovic et Christian Boltanski. Durant sa jeunesse, il a appris et pratiqué la peinture chinoise ; le choc est donc important lorsqu’il découvre l’art occidental.

« Kaléidoscope », titre de l’exposition, n’a pas été choisi par hasard, ce jouet est celui qui a accompagné l’artiste dans son enfance. Pour lui, il forme le lien entre passé et présent ; chaque moment de la vie diffère et le kaléidoscope, qui permet de produire d’infinies combinaisons d’images fortement colorées, convient à Li Tianbing pour transcrire sa pensée, ses émotions. Lancinant, attachant est ce visage d’enfant démultiplié, si présent dans la multiplicité des rythmes et de la palette aux tonalités intenses de jaune, rouge, vert, bleu ponctuées de noir. Les visages se fondent presque parfois dans l’orgie colorée et l’impression de mouvement. La déformation de l’image est effectuée dans une ronde vivante. Primordiale et symbolique est la couleur dans cette série comme l’explique le peintre : « Il existe deux systèmes de couleurs dans cette série : l’un composé des couleurs de l’industrialisation pouvant être vues comme les couleurs de la consommation et du capitalisme, l’autre, c’est le ton gris de la politique chinoise et le noir et blanc de la peinture traditionnelle ». Car le peintre s’exprime également dans ces couleurs souvent pratiquées en Chine.

Li Tianbing évoque ses regrets et ses rêves sur la toile, souvent de grands formats dans lesquels il est à l’aise et l’on demeure fasciné par ce regard d’enfant sans cesse répété qui semble interroger le spectateur ; un regard baigné de tristesse et d’espoir mêlés. L’art de Li Tianbing est unique et singulièrement attachant. Une œuvre puissante  à la conception originale, dont on perçoit qu’elle émane des souffrances endurées pas tout à fait cicatrisées, cependant apaisées par la création. Un art où s’unissent influence orientale et occidentale pour le meilleur ; un art du portrait revisité.

• Opera Gallery Paris, 62 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris

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