L’Odyssée des animaux : peintures flamandes du XVIIe siècle

Publié le 03/11/2016

Entre douceur et violence, réalisme et imaginaire, les peintres animaliers flamands du XVIIe siècle ont créé un bestiaire d’une intéressante diversité conférant aux animaux la première place dans leurs compositions.

Quelques artistes se sont spécialisés dans ce thème, comme le reflète l’exposition présentée au musée de Flandre à Cassel. Chacun d’eux est présenté dans un espace personnel qui permet de bien cerner son travail et ses influences. Tous ont exécuté à Anvers. Le parcours se déroule dans un ordre chronologique et débute avec les œuvres de Roelandt Savery qui a voyagé à Vienne, Prague et a travaillé pour l’empereur d’Allemagne Rodolphe II. Rapidement, il s’est intéressé aux animaux exotiques découverts au parc zoologique impérial. Dans ses vues paradisiaques, images de l’Éden de la Bible, il associe étroitement les animaux au paysage entre ombre et lumière. Il mêle la fantaisie à un dessin minutieux, élégant et introduit parfois des singes insolites. Avec vérité, il évoque la grâce de grues couronnées, de cerfs bondissant autant que le rendu des plumes d’une poule. Ces compositions réunissent une multitude d’animaux divers et nécessitent un regard approfondi pour tous les découvrir.

Roelandt Savery (1576-1639), Noé remerciant Dieu d’avoir sauvé la création, huile sur bois, Reims, musée des Beaux-Arts.

C. Devleeschauwer

Plus aérés, les tableaux de Jan Brueghel l’Ancien diffèrent du style de Savery mais la démarche est la même. À la faune, il ajoute des personnages bibliques, ainsi Noé dans L’Entrée des animaux dans l’arche : lions, léopards, et autres dindons ou hérissons qui sont souvent peints par deux. Quant aux oiseaux, ils sont perchés sur un arbre dénudé ; on les retrouve d’ailleurs dans plusieurs compositions paradisiaques, poétiques réalisées par d’autres peintres. Il a également réalisé des scènes de chasse. C’est dans le parc de Bruxelles qu’il croque sur le vif chaque espèce. Son petit-fils Jan van Kessel témoigne d’une grande minutie dans l’évocation d’insectes, oiseaux, coquillages en observateur attentif et une douce palette de gris et ocres nuancés. Poisson sur la plage retient l’attention avec une raie échouée sur le sable très réaliste. Une certaine préciosité parfois se fait jour dans son œuvre. Il peint aussi des allégories.

Avec Frans Snyders, on quitte les petits formats pour de vastes natures mortes dans lesquelles on retrouve une partie des animaux des artistes précédents. Ce sont souvent des trophées de chasse réalistes dans des œuvres foisonnantes. On trouve chez lui un principe d’abondance avec des étals remplis de victuailles et une virtuosité certaine dans le rendu des plumes, des pelages. Une chouette symbolique est souvent présente dans d’autres compositions parmi les oiseaux aux divers coloris, elle joue le rôle de sage. Lorsqu’il évoque un lion mort qui semble encore vivant, traité avec force, il souhaite égaler Rubens.

Au fil du siècle l’art animalier évolue ; il ne s’agit plus d’un abondant bestiaire, les animaux apparaissent grandeur nature dans leur vérité ; ils sont parfois accompagnés de Diane ou de bergers. Jan Fyt s’est spécialisé dans les trophées de chasse décoratifs ; élève de Snyders, il a séjourné à Paris et en Italie. Il centre ses natures mortes sur les animaux, parfois vivants, accompagnés d’éléments décoratifs. Un somptueux chromatisme et sa science de l’éclairage contribuent à la beauté de ses œuvres. Il excelle dans les effets de matière pour suggérer la masse de viande ou de plumes encore frémissantes. On admire sa palette raffinée ; il apparaît comme un maître dans ce genre.

Adriaen van Utrecht évoque la basse-cour avec précision ; il s’intéresse au modelé et exécute fort bien les différents plumages sous la lumière. Redécouvert en 1960, Pieter Boel reprend l’écriture de Fyt pour des marchés aux poissons ; il a travaillé pour Louis XV. Les Phoques de Paul de Vos sont attendrissants et fort bien traités ; il fait apparaître les contrastes avec un réel raffinement, en un style il compose des chaleureuses scènes de chasse.

Un parcours raffiné qui nous plonge dans une autre époque.

 

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Référence : LPA 03 Nov. 2016, n° 121k1, p.16

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