L’oiseau, la femme et le Vietnam

Publié le 26/11/2021 - mis à jour le 26/11/2021 à 11H06

Ce tableau Nu à l’oiseau de Mai Trung Thu a été adjugé 42 000 €.

Tajan

Le phénix, cet oiseau légendaire, que l’on croise dans plusieurs civilisations, incarne la résurrection et la vie après la mort. Au Vietnam, on y ajoute la beauté et la liberté. Là-bas, on aime les oiseaux et on apprécie de les avoir comme compagnons de vie. Ils apprécient leurs mouvements, leurs envols et plus encore leur chant. À Hanoï, par exemple, nombreux sont les clubs d’oiseaux chanteurs qui se réunissent dans des cafés où des maîtres oiseleurs se disputent les chants les plus mélodieux et les plumages les plus beaux. Le peintre Mai Trung Thu (1906-1980) a mis en scène une jeune femme nourrissant un oiseau en cage, suspendue à une fenêtre donnant sur un paysage. Cette scène attrayante a inspiré d’autres peintres comme Nattier, Renoir et même Picasso. La composition de Mai Trung Thu ajoute un charme supplémentaire à ces évocations de la femme à l’oiseau, en ce qu’elle est nue. Le peintre a parfaitement transcrit le symbole que représente l’oiseau, c’est-à-dire la beauté et la liberté.

Ce Nu à l’oiseau, peint sur soie à l’encre et gouache, en 1968, a été adjugé 42 000 € par la maison Tajan, le 13 octobre dernier. Cette œuvre est placée dans une marie-louise composée par l’artiste, comme il le faisait pour tous ses tableaux, là où la soie marouflée laisse la place au carton. Une œuvre similaire, titrée Cage dorée, datée de 1966, a été vendue le 5 avril 2010 par Sotheby’s Hong Kong. Elle se différencie du Nu à l’oiseau, par le manque de la fenêtre. Cette composition remplie de fraîcheur a connu un réel succès ; elle a été reproduite par le procédé lithographique, non sur papier mais sur soie, à 250 exemplaires. L’un d’eux, le n° 20, a été vendu 280 €, à Drouot en 2012.

Les nus dans la peinture de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine sont assez rares. Mai Trung Thu les a exercés avec talent et pudeur. Il a exécuté deux tableaux représentant le Sommeil. Le premier en 1943, figurant son modèle de trois quarts sur le ventre (encre et couleurs sur soie, 36,8 x 50,7 cm), a été adjugé 258 800 €, à Drouot, le 30 novembre 2020 par la maison Aguttes. Le second, daté de 1976, le montre sur le dos (16 x 29,5 cm), a trouvé preneur à 132 600 €, à Drouot, le 30 septembre dernier, également chez Aguttes. On connaît encore un Nu au chat multiple, dans lequel, le modèle vu de dos, se coiffe devant son miroir face à un chat, et aussi une jeune femme se coiffant, assise sur un tabouret. Il a fait poser sa femme dans la même attitude que La Grande Odalisque d’Ingres. Dans cette œuvre qui a été adjugée 503 000 $, à Hong Kong, en novembre 2019 par Christie’s, les bijoux, draps, coussins, etc., ont été remplacés par des objets propres à la noblesse vietnamienne. Mais le Portrait de Mademoiselle Phuong, qui a obtenu 3,1 M$ à Hong Kong en avril dernier chez Sotheby’s, est sans doute le plus beau portrait de l’artiste.

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