L’oratoire venu de Macao

Publié le 11/12/2023

Cet oratoire portatif, un travail portugais daté du début du XVIIe siècle, était présenté à la FAB Paris 2023

São Roque

L’image est courante. Une file de religieux vêtus de leur bure se dirigent vers l’oratoire. Que vont-ils y faire ? Prier bien sûr, puisque le mot orare, qui vient du latin, signifie aussi prier. À telle enseigne que plusieurs congrégations religieuses l’ont pris comme nom. Jean-Baptiste Massillon (1663-1742), l’un des confesseurs de Louis XIV, était un prêtre de l’Oratoire de Saint Philippe Néri ou de la Confédération des oratoriens de Saint Philippe Néri. Si l’oratoire désigne le plus souvent un lieu, une petite chapelle destinée aux dévotions, il définit aussi des panneaux ou coffrets renfermant des images saintes. Un oratoire de voyage en ivoire, sculpté en ébène sous la forme d’un entablement, supporté par des sphinges et surmonté d’une Vierge à l’Enfant, daté de la première moitié du XIXe siècle, renfermé dans son coffret, avec son extérieur de cuir havane portant des armoiries papales, a été adjugé 3 220 € à Drouot, le 25 octobre 2023 par la maison Thierry de Maigret.

Les Jésuites et Dominicains portugais envoyés en mission aux confins de l’Asie emportaient avec eux des oratoires portables. L’un d’entre eux, une huile panneau de cuivre, représentant la Vierge Marie couronnée, regardant l’Enfant Jésus endormi, entourés par Saint Joseph et l’enfant Saint Jean Baptiste, a été présenté à la vente le 4 novembre 2023 à Porto par la maison Leiloeira Côrte Real, avec une estimation de 4 000/8 000 €. Ce panneau, daté de la fin du XVIe dans son cadre Nanban d’origine, avait été commandé par des missionnaires Jésuites.

Lors de la Fine Art Biennale (FAB) qui s’est déroulée en novembre au Gand Palais éphémère de Paris, la galerie São Roque de Lisbonne proposait un oratoire portatif en bois doré, renfermant une huile sur cuivre représentant Saint Dominique et Sainte Catherine de Sienne recevant le Rosaire des mains de La Vierge et l’Enfant. Cet objet de dévotion en bois laqué et doré, daté du début du XVIIsiècle, est organisé comme un triptyque de forme rectangulaire protégé par deux vantaux latéraux articulés. Selon le galeriste, « Cet ensemble est une interprétation manifestement chinoise des oratoires panais Namban commandés par les Jésuites ». Ceux-ci ont été expulsés du Japon en 1639.

La présence de frères dominicains dans ce tableau laisse penser que le panneau a été commandé pour l’église Notre-Dame du Rosaire du couvent dominicain à Macao, la seule communauté de Chine méridionale, fondée en 1587 par des missionnaires dominicains espagnols venus du Mexique. Cette église, d’abord en bois, était surnommée par la population locale sous le nom de Pan Cheong ce qui signifie, pagode en bois. Celle-là sera reconstruite en dur, brique et pierre au début du XVIIsiècle. Mais en 1834, l’église et le couvent furent confisqués par le gouverneur portugais de Macao et fermés au culte. Cette procédure fut suivie par la vente de nombreux objets et trésors, qui passèrent dans des mains privées, comme cet oratoire portable.

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