L’ordre et la propreté

Publié le 10/07/2024

Jean-Baptiste Tenant de Latour (1779-1862) fut nommé en 1846, bibliothécaire du roi Louis-Philippe Ier, au palais de Compiègne. La somme de ses connaissances a été réunie dans ses Mémoires d’un bibliophile parues en 1861. Cet ouvrage se présente sous forme de lettres à une femme bibliophile (la comtesse de Ranc… [Le Masson de Rancé]), et se compose de nombreuses réflexions sur la bibliophilie, les écrivains et le monde des lettres. Nous reprenons la publication de la Lettre XIII consacrée à « De Boze ».

L’auteur, Tenant de Latour, précise dans son propos qu’après le décès de Claude Gros de Boze (1680-1753), il fournit à M. de Bougainville, qui fit son éloge historique en qualité de secrétaire perpétuel de l’Académie des Belles-Lettres, les traits les plus propres à honorer sa mémoire. « Ceux que j’ajoute ici ne la dépareront pas, et sont amenés naturellement par les rapports que j’eus avec lui. L’ordre et la propreté régnaient sur sa personne, dans ses meubles, et dans un excellent cabinet de livres, presque tous reliés en maroquin et parfaitement nivelés sur leurs tablettes ; de beaux cartons renfermés dans de riches armoires, contenaient ses papiers, rangés par classes, copiés par un secrétaire qui avait une très belle main et qui ne devait pas se pardonner la moindre faute. Il mettait dans son air et dans ses paroles une dignité, un poids qui semblait relever ses moindres actions, et dans ses travaux une importance qui ne lui permit jamais de négliger les petites précautions qui peuvent assurer le succès. »

Barthélemy [Jean-Jacques Barthélemy, 1716-1795, ecclésiastique, archéologue, numismate et homme de lettres] entre ici dans le détail des précautions sans nombre que prenait de Boze pour que l’exécution des médailles, qu’il continua de composer même quand il eut quitté le secrétariat de l’Académie, fût d’une rigoureuse exactitude, et déplore la négligence incroyable avec laquelle était fait ce travail lorsque, après la mort de de Boze, il revint à l’Académie, « au point, dit-il, que sur la médaille qui représente la statue de Louis XV, le graveur, voyant que les lettres de l’inscription de la base devenaient trop petites pour être lues sans le secours d’une loupe, y grava les premières lettres qui lui vinrent dans l’esprit, de manière qu’il est impossible d’y rien comprendre. »

« J’allais, continue l’abbé Barthélemy, chez M. de Boze à neuf heures, j’y travaillais jusqu’à deux heures ; et, quand je n’y dînais pas, j’y retournais et je reprenais mon travail jusqu’à sept à huit heures. Ce qui me coûta le plus, ce fut de m’assujettir à sa laborieuse exactitude. Quand je sortais de son cabinet à deux heures pour y revenir à quatre, je laissais sur le bureau plusieurs volumes ouverts, parce que je devais bientôt les consulter de nouveau ; je m’aperçus dès le premier jour que M. de Boze les avait lui-même replacés sur les tablettes (À suivre).

Plan
X