Lydie Aricks, « Arborescences »

Publié le 21/09/2021

L’exposition « Arborescences » s’enracine dans les couloirs de Chambord.

Domaine national de Chambord

Le feu, l’ardeur, la violence parfois dans la beauté d’une écriture puissante, sans concession, habitent l’art de Lydie Arickx qui ne peut laisser indifférent. Au cœur de cette création libre bouillonne la vie.

« Arborescences », titre de l’exposition qui se tient actuellement au Domaine de Chambord, laisse présager des œuvres sur le thème de la nature ; elle est omniprésente en effet à travers le regard singulier de l’artiste qui l’unit profondément à l’humain. Une réflexion sur la vie qui bouscule, interroge et enrichit par les questions qu’elle suscite.

Cent-cinquante peintures et sculptures s’offrent à la méditation du visiteur dans le cadre prestigieux du château de Chambord et ses jardins. Le parcours a été conçu comme une rencontre avec l’escalier monumental central à double révolution considéré comme « l’arbre de vie » qui fut planté au milieu du jardin d’Eden. À l’intérieur de l’édifice, d’immenses compositions, souvent des fresques végétales, se découvrent dans cet écrin parfait. Un somptueux travail de peinture possédant parfois des éclats de vitrail : rouges incandescents, bleus. Une sorte de démesure dans ces tableaux parcourus d’un élan vital qui expriment le fort intérêt de l’artiste pour l’union quasi physique entre l’être humain et la nature. Une longue observation s’impose pour découvrir ces somptueuses compositions dans lesquelles Lydie Arickx évoque leur rapprochement physique indéniable en une réinvention toujours proche de la réalité. Il ne s’agit pas uniquement de botanique mais d’une expérience plus large, qui rattache « physiquement » l’homme à la nature. Une œuvre, en particulier, résume cette vision : L’Arbre bronchique, dans lequel les bronches formées de radicelles paraissent appartenir au tronc puissant réalisé en ces mêmes éléments ; le rapprochement est saisissant.

L’onirisme est souvent présent avec des figures hybrides. Lydie Arickx travaille la matière, la triture avec efficacité ; la fusion des corps et de l’arbre est réelle. Et c’est encore une danse macabre avec Évolution, œuvre dans laquelle quatre squelettes d’où émanent des filaments fusionnent avec les arbres.

La peinture comme la sculpture apparaissent comme une nécessité intérieure, impérative pour cette créatrice. Les joies, les peurs animent ses œuvres toujours renouvelées. Mais dans son écriture contemporaine l’artiste n’oublie pas les maîtres du passé : Botticelli, dont elle réécrit Le Printemps, Bosch, Rubens, Greco ou Goya ou, plus près de nous, James Ensor ou Germaine Richier.

La même énergie, la même réflexion animent les sculptures depuis La Sagesse tout en intériorité, jusqu’au Chemin de Croix ferrite. L’artiste laisse libre cours à ses pulsions mais ici en trois dimensions, reprenant la liaison entre l’anatomie et le végétal avec une puissance expressive inégalée. Tout est vie, mouvement, parfois anarchique, mais aussi réflexion. Cet art fulgurant est empreint de liberté, il conte la vie entre joie et douleur. « Mon travail ne pourrait pas être abstrait car mon œuvre a besoin de la chair, du sang, de l’âme, tout ce qui peut transpirer chez l’homme ; je ne sais pas m’en détacher ».

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