Madame Mitoire et ses enfants

Publié le 28/05/2021 - mis à jour le 31/05/2021 à 9H42

Ce pastel d’Adélaïde Labille-Guiard, daté de 1783, est estimé 100/150 000 €.

Christie’s

Le peintre Carl van Loo (1705-1765), quoique d’origine néerlandaise, avait un pinceau davantage italien. Grimm le considérait comme « le premier peintre d’Europe » et Diderot, très critique pour certaines de ses compositions, lui reconnaissait un immense talent. Van Loo maîtrisait « le grand style » qu’admirait Louis XV et, à sa suite, toute l’aristocratie de l’époque. De passage à Turin en 1732, Charles André son vrai prénom avant qu’il ne le transforme en Carl, fut séduit par la cantatrice Anne Antonia Christina Somis (1704-1785). De leur union naquirent six enfants, dont Marie-Rosalie (1737-1762) : son portrait à l’âge de quatre ans, par son père, est souvent cité dans les ventes publiques. Cette jeune femme épousa un certain Benoît Bron, et leur fille Christine-Geneviève (1760-1842) devait se marier avec Charles Mitoire du Moncel ou Moncelle (vers 1750-1822), commis à la recette générale des finances du Lyonnais.

Un portrait de Madame Charles Mitoire, née Christine Geneviève Bron, avec ses enfants, allaitant l’un d’eux (pastel sur papier monté sur toile, 92 x 72,5 m), exécuté en 1783 par Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803), sera mis en vente à Paris, le 16 juin prochain, par Christie’s, avec une estimation de 100/150 000 €.

Cette œuvre sera dispersée au cours d’une vacation – et c’est la première fois chez Christie’s – uniquement consacrée aux femmes artistes. Le catalogue couvrira toutes les spécialités : tableaux anciens et modernes, sculptures, livres et lettres autographes, photographies, gravures, design, bijoux, mode et présentera un panorama sur cinq siècles des femmes artistes, de différentes nationalités, qui se sont inscrites dans l’histoire de l’art, allant du XVIe au XXIe siècle.

Adélaïde Labille-Guiard était miniaturiste et pastelliste. François-Elie Vincent (1708-1790) fut son premier-maître. C’est lui qui lui permit d’être admise en 1769, à l’Académie Saint-Luc. Cette appartenance lui permit d’exercer son métier. Il faut savoir que de nombreuses femmes en faisaient partie, on en comptait 130 en 1777 lorsqu’elle fut contrainte de fermer ses portes. L’Académie royale de peinture et de sculpture la remplaça. Lors de sa première exposition à l’Académie en 1783, ses œuvres furent comparées à celles d’Élisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), dont un Portrait de femme figure au catalogue de cette vente du 16 juin. C’est après cette première exposition qu’Adélaïde Labille ajouta à son nom celui des Vertus. Des « jaloux masculins » diffusèrent en effet un pamphlet injurieux à l’égard des deux femmes, sous prétexte qu’elles exerçaient un métier d’homme et mettant en doute leur vertu, vivant seules et séparées de leur mari. Ce qui ne les empêcha pas d’être les deux meilleures portraitistes de leur temps.

LPA 28 Mai. 2021, n° 200r0, p.31

Référence : LPA 28 Mai. 2021, n° 200r0, p.31

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