Man Ray un peu « dada »

Publié le 06/05/2024

Man Ray, Paris, 1934

Depuis que Marcel Duchamp (1887-1968) a eu l’idée de casser les codes artistiques et esthétiques alors en vigueur, avec sa « fontaine » urinoir, les plasticiens se sont parfois autorisés à jouer un peu trop extrêmement avec les limites de l’art. Mais c’était « Dada », après lequel, aujourd’hui, l’art est pour l’art et les objets détournés sont objectivement de l’art. Le portrait de cet Artiste majeur du XXe siècle, réalisé vers 1941-1945 par Man Ray, a été adjugé 11 970 €, à Paris, le 11 avril 2024, par Christie’s, lors de la dispersion de la collection Marion Meyer, dont la galerie parisienne de la rue Guénégaud proposait des artistes d’avant-garde du début du XXe siècle ; Man Ray, Marcel Duchamp, Max Ernst, Francis Picabia, et naturellement des objets issus du dadaïsme et du surréalisme. Marion Meyer, épouse de l’éditeur d’art Marcel Zerbib (1924-1980), s’est penchée davantage sur l’œuvre de Man Ray, réunissant une collection qui lui était entièrement consacrée. Le catalogue comportait près de 200 lots, comprenant autant de tableaux, de sculptures, de dessins que de photographies.

Man Ray, de son vrai nom Emmanuel Radnitzky (1890-1976) quitta New York en 1921, à destination de Montparnasse, les malles chargées de toiles et d’objets dadaïstes. Nous en avons eu quelques exemples au cours de la vacation du 11 avril, notamment By Itself (bronze à patine brun doré monté sur une base en bronze blanc, d’une hauteur de 42,5 cm), un des 9 exemplaires retirés en 1966 d’après l’objet original en bois de 1918. Il semble inutile de chercher à savoir ce que signifie cet objet, ou de se demander à quel esthétisme il appartient. Il est surréaliste, comme « le fer rouge », adjugé 81 900 €, au contraire du Manche dans la manche ou Le Marteau sans maître, qui n’est autre qu’un marteau dont le manche est plongé dans une bouteille vide. On l’a tout de même emporté à 31 500 €, mais Man Ray, qui avait de l’humour, réussit à nous faire sourire et à contrarier le sérieux d’un Duchamp. Le Trompe l’œuf, signé, numéroté et inscrit « Trompe l’Œuf H.C. à Marcel Zerbib, Man Ray » (sur une carte de visite de l’artiste au revers), composé d’un siège de WC en bakélite et tirage argentique d’un œuf d’autruche, a été tiré dans les années 1950, monté sur un panneau de bois peint et exécuté entre 1963 et 1968, dans une édition de 10 exemplaires plus des épreuves d’artiste, publiée par Marcel Zerbib. L’objet a trouvé preneur à 60 480 €.

Man Ray comprit très vite que sa connaissance de la photo pouvait apporter une dimension nouvelle aux activités artistiques qui l’entouraient. Il se replongea dans ce médium avec enthousiasme. Cela le distinguait de « l’énorme masse des barbouilleurs », écrivait-il le 28 mai 1922 et lui permettait « d’aller partout et de faire parler de soi ». Car l’homme, réellement artiste, aimait aussi la peinture. Sans grande conviction, sa relation avec elle était ambiguë. Son Désert pliant, dans la veine surréaliste, a été enlevé à 239 400 €. Restent ses Rayogrammes qui firent réellement sa renommée. À suivre donc.

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