Moi et François Mitterand

Publié le 25/04/2017

L’affiche de la pièce Moi et François Mitterrand.

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C’est un vieux garçon, un petit fonctionnaire qui perd son emploi, un solitaire malgré lui… encore que ? Encore qu’il semble aimer cette solitude, qu’il en a besoin pour la partager plus pleinement avec son nouvel ami. Et il a pris soin de le choisir, il le voulait puissant donc protecteur, distingué donc fréquentable, ce sera le président de la République, François Mitterrand. Sa compagne, Madeleine, vient de le quitter, mais quelle importance ? Cette relation était bien ordinaire et ce délicat aspire à autre chose, il va donc écrire à François Mitterrand en empruntant le ton familier des dialogues amicaux et en lui racontant les menus faits de son quotidien. Spontanéité touchante et récompensée par les réponses signées par son ami, ce qui l’encourage à continuer.

Et qu’importe que ces réponses soient toujours les mêmes, il y a l’en-tête de l’Élysée, la promesse que ses remarques « seront prises en considération dans le plus bref délai » et la signature. Ces échanges épistolaires que le net ne pourra jamais remplacer se prolongeront, après la mort de François Mitterrand, avec Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande : plus de 30 ans de vie politique sous le regard d’un observateur perspicace. Les réponses sont toujours les mêmes, ce qui ne saurait le décourager, quoiqu’il perde un peu de son enthousiasme, les personnalités sont moins flamboyantes, la crise est passée par là et sa situation personnelle devient de plus en plus précaire. Et lorsqu’on s’interroge pour savoir quelle ficelle tirera l’auteur pour clore ces non-événements, la chute est bigrement habile, donnant son sens à tout le reste. C’est l’extrait d’un discours de François Mitterrand remerciant le peuple de France de lui accorder sa confiance. Vive la démocratie directe. Ici encore, on est dans le mythe qui reste quand même un élément fort de la politique.

Créée au théâtre du Rond-Point à l’automne 2016, la pièce eût un franc succès qui lui vaut cette reprise. L’auteur est un touche-à-tout généreux, Hervé Le Tellier, mathématicien passé à l’écriture de romans, contes, nouvelles, et aussi à l’aise au théâtre qu’à la radio (c’est l’un des piliers de la récréation littéraire mensuelle « Les Papous dans la tête », à France culture), un membre de l’Oulipo, fondé il y a plus de 50 ans, spécialiste très sérieux de l’humour noir et de la rigolade caustique : « Culture sans gaieté n’est que ruine de l’âme ». Quelques longueurs peut-être mais qui ne sauraient couper le rythme donné par l’interprétation remarquable d’Olivier Broche. Cet ancien Deschiens trouve là un rôle à sa mesure, auquel il apporte une vérité et une humanité donnant au personnage la subtilité à fleur de peau qui convient. Rêveur, certes, mais pas fou du tout, à moins que la folie ne soit le propre de l’homme.

LPA 25 Avr. 2017, n° 126d7, p.14

Référence : LPA 25 Avr. 2017, n° 126d7, p.14

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