Musiques du monde arabe en 100 artistes

Publié le 21/10/2020 - mis à jour le 22/10/2020 à 9H38

Le mot et le reste

Coline Houssais nous offre un bijou consacré aux musiques arabes : Musiques du monde arabe, une anthologie en 100 artistes.

Un sacré travail ! Le premier défi étant évidemment de circonscrire et définir le sujet, soit la ou plutôt les musiques arabes, et donc l’arabité à travers ses courants, ses styles musicaux, sa géographie. Coline Houssais relève le défi avec brio, conjuguant le savoir d’une spécialiste et une écriture simple et pédagogique. On se promène de Cheikh Abdelbasset bin Abdul Samad à Naar, via Hédi Jouini, Najat Aatabou ou Fayrouz à travers la psalmodie, les liturgies chrétiennes du monde arabe, la musique arabe savante moderne, la musique soufie jusqu’à l’électro pop façon Soap Kills. On s’initie aux genres comme le dawr, le reggada, le khaliji, le mawwal… Les 70 premières pages qui contextualisent les musiques arabes et leur évolution ainsi que leur marché se lisent, comme les autres d’ailleurs, telle une épopée du chant et de la musique arabes. Le livre est un roman.

Une anthologie. Le procédé de l’anthologie a ses avantages et ses risques. Elle permet d’embrasser un maximum de choses, de musiques, de genres, de musiciens, de chanteuses et chanteurs. Elle suppose des choix et chacun regrettera peut-être de ne pas trouver parmi ces 100 choix son coup de cœur. C’est le jeu. Pourtant, rien ne semble oublié et la place apparemment faible faite à l’écurie Rotana (certes stéréotypée comme le souligne justement l’auteure) est une fausse impression : Fares Karam, Nancy Ajram et bien d’autres sont largement étudiés ici. La musique oranaise et algéroise des années 1940-1960 est abordée à travers Reinette L’Oranaise (on pense aussi à Line Monty) et prétexte à évoquer d’autres maîtres du chaabi comme Lili Boniche ou Cheikh Raymond. Le raï est exploré (à travers Khaled, Bouatiba Sghrir, Cheb Hasni). Il faut remercier Coline Houssais pour remettre dans la lumière un Djamel Alam et évoquer le regretté Rachid Taha dont elle souligne le rôle de passeur. L’anthologie a de toute manière une autre vertu classique : elle donne envie d’écouter ce que l’auteur propose. Le livre est une porte ouverte.

Histoire, géographie et mémoire. Ces 100 choix nous portent de la Syrie à l’Algérie, du Maroc à la Mauritanie, du Liban à la Tunisie, de la Palestine à l’Irak et au Qatar, de l’Égypte au Soudan. Ils nous parlent des sociétés arabes, de leurs valeurs, de leurs conflits et revendications notamment identitaires, de leurs mythes et de leurs stars. Ainsi du Sinatra du Nil, d’Oum Kalthoum et plus proches de nous Najwa Karam, Khaled ou Elissa. À travers les musiciens et les chanteurs/chanteuses, ce sont des notes, des rythmes, des tubes qui ailleurs, mais en France aussi, nous ont appris à écouter l’autre, à jeter des ponts, à se déporter de soi, à rentrer dans l’histoire de l’arabité. Le livre est musique, voyage et mémoire.

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Référence : LPA 21 Oct. 2020, n° 155u6, p.19

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