Navarin, la Grèce libérée

Publié le 19/04/2024

D’Ambroise-Louis Garneray (1783-1857), La bataille de Navarin, le 20 octobre 1827 (Huile sur toile, vers 1827-1845) a été adjugé  769 200 €.

Aguttes

« La flotte turco-égyptienne fut détruite en l’espace de quatre heures par la coalition anglo-franco-russe : en fin d’après-midi, la bataille était terminée », disent les historiens. Nous étions le 20 octobre 1827 dans la baie de Navarin, à l’ouest du Péloponnèse. Les Grecs combattaient alors pour acquérir leur indépendance. Cela faisait trop longtemps, depuis 1533, que les Ottomans occupaient les territoires grecs. Ambroise-Louis Garneray (1783-1857) fut missionné par le ministre de la Marine dès le mois de novembre 1827 pour réaliser, sur les lieux, un tableau commémoratif des plus fidèles. Il en exécuta plusieurs, en grand format, conservés au Louvre et à Versailles. On connaissait une autre version grâce à une lithographie ; ce tableau a été récemment retrouvé et a été vendu 769 200 €, à Neuilly-sur-Seine par la maison Aguttes.

Ambroise-Louis Garneray fut le premier peintre de la marine, grâce à l’intérêt que lui porta le duc d’Angoulême, alors Grand Amiral de France, qui l’attacha en 1817 à sa personne. « Sa connaissance des navires et son héritage de la peinture en ont fait un peintre de marine hors pair », explique l’expert de la vente. Garneray s’était engagé dans la marine de guerre à l’âge de 13 ans. Durant une dizaine d’années, il participa à toutes les aventures navales de l’époque, notamment dans l’océan Indien, notamment à la prise à l’abordage du « Kent » en octobre 1800, au côté de Robert Surcouf (1773-1827). Capturé par les Anglais en 1806, Garneray se retrouva, selon ses propres mots, « enterré vivant » voyant s’écouler sa jeunesse. Il mit néanmoins à profit ces huit longues années de captivité pour peindre. Ses talents de dessinateur, hérités sans doute de son père Jean François Garneray (1755-1837), peintre de genre et de portrait, se révélèrent précieux et lui permirent d’améliorer son ordinaire. Repéré par un marchand de tableaux britanniques, il fut libéré en 1814. Installé à Paris, il se consacra définitivement à la peinture et exposa avec succès au Salon de 1817. Sa rencontre avec le duc d’Angoulême lui assura son avenir. C’est ainsi qu’il se rendit en Grèce, à peine libérée.

Chateaubriand lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères jeta tout son poids politique afin d’aider les Grecs à retrouver leur liberté. L’Europe entière avait été horrifiée par les massacres de Chios, et émue par le sacrifice de Lord Byron tombé en 1824 à Missolonghi. L’histoire de l’indépendance grecque, entre 1821 et 1832, a été faite par autant de victoires que de défaites, de massacres et de querelles, et encore de congrès et traités non suivis. Finalement, les trois puissances, la France, la Grande Bretagne et la Russie, intervinrent. Navarin fut la dernière grande bataille entre bâtiments à voiles et coque en bois. La défaite turque y fut complète, si bien que la Turquie commença l’évacuation de la Grèce au cours des dix mois suivants, ce qui conduisit au traité de Londres et à la création du royaume de Grèce en 1832.

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