Noir & Blanc : une esthétique de la photographie

Publié le 27/04/2021 - mis à jour le 28/04/2021 à 9H20

Canasta de Luz, tirage argentique.

D. Flor Garduno

« La photographie est un instant qui ne réfléchit pas, suspendu à une fraction de secondes qui laisse à réfléchir », Rémy Donnadieu.

« Une photographie forte, ce n’est plus l’image de quelque chose, c’est quelque chose en soi », Ralph Gibson.

L’exposition « Noir & Blanc » réunit les grands noms de la photographie française et internationale dans un parcours qui nous permet d’avoir une vue générale sur 150 ans d’histoire de la photographie. Avec plus de 300 tirages, issus de la collection du Département des estampes et de la photographie de la BNF, l’exposition se concentre sur le XXe siècle et la période contemporaine, sans omettre le XIXe siècle, constituant le prologue, avec quelques photographies. L’exposition réunit environ 200 photographes de plus de 30 nationalités.

Le noir et blanc, c’est l’histoire de la photographie. C’est ce que nous avons en mémoire, pour une majorité d’entre nous. La photographie en noir et blanc est un parti-pris technique et esthétique qui a été en constante évolution. De la fin du XIXe siècle à nos jours, ses multiples évolutions ont permis de produire des nuances de plus en plus contrastées et sophistiquées. Et alors que le recours à la couleur s’est intensifié dans les années 1970, le noir et blanc n’a pas disparu, il s’emploie encore comme une expression qui met l’accent sur le graphisme et la matière. Tout comme Walter Evans (1903-1975), de nombreux photographes considèrent la photographie en couleur comme un procédé « vulgaire », réservé pour des sujets banals et des usages utilitaires.

L’exposition aborde la question sous un angle esthétique, en insistant sur les modes de création de l’image : effets plastiques et graphiques des contrastes, jeux des ombres et de la lumière, rendu des nuances et des valeurs du noir et du blanc en passant par les gammes de gris. Elle se développe en cinq parties.

Avec le prologue, il nous est rappelé qu’avant l’invention de la photographie en couleurs par les frères Lumière, en 1903, la photographie n’est pas qu’en noir et blanc. Dans les premiers temps, c’est une gamme de bichromie où les photographies en noir et blanc purs sont l’exception et où les teintes dites sépia sont les plus fréquentes. Le procédé négatif/positif, breveté par Fox Talbot, en 1841, permet de multiplier les épreuves sur papier et d’en varier les teintes. Le photographe pouvait ainsi choisir les couleurs de ses épreuves en jouant sur la chimie des bains de fixage ou sur la qualité du papier.

La partie I nous montre que de la fin du XIXe siècle et au long du XXe siècle, le noir profond des grains d’argent densifiés par le développement chimique ainsi que le blanc du papier industriel baryté dominent dans les pratiques. Les avant-gardes des années 1920-1930 inventent avec ces outils des variations jouant sur la juxtaposition du clair et du sombre. En exagérant les contrastes du noir et du blanc, les photographes révèlent les lignes de force et les stricts volumes, particulièrement pour les photographies de l’architecture de la modernité urbaine et industrielle.

La partie II nous rappelle que la lumière est la condition nécessaire de la photographie. Le flux lumineux, au moment de la prise de vue, inscrit les formes sur la surface sensible du négatif. Pour contrôler et moduler les effets de cette luminosité fugitive et changeante, le photographe a besoin d’un équipement technique, comme un réflecteur, un obturateur, un flash. Si la lumière atteint en excès la couche sensible, le négatif, surexposé, sera trop noir. Les détails ne seront pas rendus ni les demi-teintes. Selon la position de l’appareil, par rapport à la source lumineuse, des anomalies peuvent se produire, provoquées parfois par le photographe. Certains photographes ont adopté la lumière pour seul sujet.

La partie III nous montre que, en surexposant ou en sous-exposant leur pellicule, en accentuant les blancs ou les ombres au tirage, certains photographes donnent corps à un désir de noir ou de blanc absolus. Leurs monochromes noirs ou blancs tendent alors vers un trop-plein ou une dilution de toute matière. Entre des blancs purs et des noirs saturés une gamme de gris s’inscrit, correspondant à l’ensemble des ondes du spectre. L’expression de noir et blanc fait alors oublier que ces deux valeurs ne sont que les extrêmes d’un large éventail de demi-teintes.

LPA 27 Avr. 2021, n° 200b3, p.23

Référence : LPA 27 Avr. 2021, n° 200b3, p.23

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