« Not afraid of love » à La Monnaie de Paris

Publié le 06/12/2016

Retiré de la scène artistique depuis quelques années, Maurizio Cattelan signe avec l’exposition parisienne « Not afraid of love » un très grand retour. Le choix efficace de l’Hôtel de la Monnaie de Paris n’est pas pour rien dans ce succès par l’espace extraordinaire qu’il offre aux scénographies et mises en scène.

Aucune œuvre nouvelle à la Monnaie. La plupart des œuvres emblématiques de Maurizio Cattelan, Mini me, La Nona Ora, We, All, Charlie don’t surf, des années 1990 et 2000 sont ici visibles. Et… lisibles. La réussite de l’exposition tient non seulement à ce qui se découvre par le regard, mais à ce à quoi invitent les textes, intelligents, souvent drôles et décalés, qui accompagnent les sculptures de Maurizio Cattelan. Ils sont dus à de belles plumes d’horizons divers et inattendus.

Ces textes sur les cimaises posent au passage au visiteur l’une des questions qui fait partie du chemin initiatique auquel invite Maurizio Cattelan : faut-il regarder ses œuvres sans lire ces contributions qui les décodent à leur manière, ou d’abord lire avant de regarder ?

En jeu, la liberté du spectateur est de savoir à quoi elle tient : est-elle dans un regard expurgé de toute forme de décryptage ou réside-t-elle dans la découverte de chaque œuvre d’abord interpellée, intriguée et enrichie des réflexions et pistes que nous proposent Maurizio Cattelan et ses contributeurs ?

L’intelligence de l’exposition et du commissariat confié à Chiara Parisi est de n’imposer aucun choix en nous laissant totalement libres. Maurizio Cattelan a dit : « Je ne veux pas guider le public vers une direction déterminée, je veux provoquer une réaction spontanée ». Son pari est réussi.

Mieux et plus qu’une simple enfilade de salles et d’œuvres, l’exposition présente une vraie unité par la permanence, à travers des œuvres fort différentes, des thèmes de Maurizio Cattelan et des émotions qu’il provoque en nous à l’entrée de chaque salle. On ne cachera pas le trouble puissant que continue à susciter Him, dont la force interrogative est profonde. Et on pourrait gloser des heures et des pages du sens à trouver au Sans titre, 2009, là où le visage de l’artiste fait irruption par un trou creusé dans le sol : simple curiosité ou effraction de l’artiste vis-à-vis du monde de l’art ?

Maurizio Cattelan, Sans titre, 2009, à la Monnaie de Paris en 2016.

DR

Maurizio Cattelan se met largement en scène. Il parle de lui, mais aussi, évidemment, de nous. À la sortie on se sent proche de lui. Il a su nous faire sourire et nous rendre graves le temps d’une exposition. Et mieux que des spectateurs, il nous a transformés en acteurs de sa propre œuvre et de l’exposition. Bravo l’artiste !

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Référence : LPA 06 Déc. 2016, n° 121z3, p.16

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