Nouvelles musicales d’Italie

Publié le 21/09/2018

Renato Zero. DR

La variété italienne se porte bien. En France on n’en sait plus grand chose depuis qu’un catastrophique texte sur les quotas l’a expurgée des ondes à quoi s’ajoute un manque de curiosité pour ce qui se passe au royaume de la canzone. Tour d’horizon forcément incomplet (et subjectif).

L’Opéra selon Renato Zero

Renato Zero qui compte plus de cinq cent chansons à son actif est une vraie usine à tubes : Magari, I migliori anni della nostra vita, L’imperfetto, Professore, Amando Amando. Et parmi les derniers : Ancora qui ou le fameux Rivoluzione dont le clip a été tourné par l’enfant de la Piazza del Popolo sur une piazzetta du Trastevere romain à la surprise générale. Les musiques et les textes de ce chanteur engagé et grand public font toujours mouche. Vient de sortir le double CD de son dernier spectacle, pardon, de son Opera, Zerovskij, inspiré de l’album Solo per Amore sorti en 2017 et capté dans les arènes de Vérone fin 2017. La production était pharaonique : des décors époustouflants comme dans chacun de ses concerts, un orchestre philarmonique, des chœurs magnifiques, des chanteurs et chanteuses (excellents) qui viennent lui donner la réplique. Car ce n’est pas un tour de chant, mais on l’a dit, un véritable opéra écrit, produit et mis en scène par l’artiste de la démesure qu’est Renato Zero. Le livret, si l’on peut dire ainsi, permet à Zero d’enfourcher ses thèmes de prédilection sur presque deux heures : Dieu médite sur la beauté du projet originel dévasté par la cupidité humaine et face à la direction que prend le monde. Zerovskij est le chef de la gare Terre d’où les trains et les rêves partent et arrivent. On annonce la fuite d’Adam et Ève, l’Amour et la Haine dialoguent et la Mort cherche sa prochaine proie, la Culture étant déjà morte. L’Histoire est en marche. On n’en dira pas plus. Zero est une icône en Italie. Prononcer son nom est une expérience en soi : il faut voir alors les yeux briller, les gens comme se pâmer. Ses concerts sont une communion totale, les italiens connaissent toutes ses chansons par cœur et font le chœur tout au long de ses tours de chants remplis à bloc. Ajoutons-y un talent à nul autre pareil pour se travestir et on aura encore avec cette double captation emplie de mélodies efficaces une réponse à la question qu’interroge Zero : « Ti andrebbe di cambiare il mondo ? ».

Le retour de Mina

Mina, de son vrai nom Mina Mazzini, chante depuis 1958. Elle est l’une des divas de la variété italienne et a porté avec quelques autres cet art à ses sommets. Avec le géant Adriano Celentano, ils ont, il y a deux ans, signé l’album mythique Le miglori. Avec au passage une version de folie de Prisencolinensinainciusol dont on s’étonne que les DJ n’y recourent pas dans les soirées festives. Douze morceaux inédits constituent le nouvel album, plus sage, de Mina. Les titres de ce Maeba, album écrit par Franco Serafini qui collabore avec elle depuis 33 ans lui vont bien, notamment dans les plus lents comme Volevo Scriverti da Tanto, Un soffio, Troppo Note, hit sorti depuis le 22 juin.

Pour les plus jeunes, et pour les autres aussi, on leur conseille de voir et revoir grâce à Youtube la version immortelle de Parole, parole (qui fut écrit pour elle) par le duo Mina et Alberto Lupo et le clip sur la chanson Città vuota , grand tube de la Mina, tourné pour Dolce & Gabbana avec la sublime Laetitia Casta, ici plus italienne que les italiennes ! Quant aux titres du nouvel album de la Mina, ils sont aussi à découvrir sur le site officiel de la chanteuse.

Et les autres ?

Gianni Morandi a sorti un album qui n’est pas indispensable. Claudio Baglioni, récemment invité au festival de San Remo, a remporté un beau succès avec la tournée Capitani Coraggiosi. Il chantera notamment en septembre à Vérone et en octobre à Florence et Rome. Le groupe Litfiba traversera cet été les villes italiennes. Au fait, que devient Gianluca Grignani, musicien maudit ? On s’intéressera aussi aux plus jeunes comme Malika Ayane, qui a explosé avec l’efficace Stracciabudella. Jovanotti, Nek, Fabrizio Moro sont toujours sur les radars. Le tube Volevo te de l’incandescente Giusy Ferreri tourne en boucle sur Radio Zeta. Les clips et les tubes électro comme le Trump-It de Gianlucca Vacchi enflamment les plages et les discothèques. Soulignons encore les deux reprises par Maître Gims et El Professor de Bella ciao, le mémorable chant des partisans, qui tournent actuellement en boucle sur les plates-formes. Elles ne sont pas dénuées de talent. Dommage qu’elles soient souvent entonnées un peu bêtement lors de soirées arrosées par des gens qui ne savent pas de quoi ça parle.

LPA 21 Sep. 2018, n° 138n4, p.13

Référence : LPA 21 Sep. 2018, n° 138n4, p.13

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