Ode à Marcel Proust

Publié le 02/12/2022

Poèmes (1926) de Paul Morand. Un recueil illustré de 16 aquarelles cubistes de Georges Gaudion

Villa Browna

Paul Morand publia son premier livre, un recueil de poèmes, intitulé : Lampes à arc (Paris, Au Sans Pareil, 1920. In-4, broché, ornée d’un dessin de l’auteur reproduit à pleine page). Y est insérée la fameuse Ode à Marcel Proust : « Proust, à quels raouts allez-vous donc la nuit/pour en revenir avec des yeux si las et si lucides ?/Quelles frayeurs à nous interdites avez-vous connues/pour en revenir si indulgent et si bon ?/et sachant les travaux des âmes/et ce qui se passe dans les maisons,/et que l’amour fait si mal ? ». Ce texte, qui exprime sa fascination naïve pour son aîné, fâcha Proust et faillit les brouiller. Ce quiproquo les lia, paradoxalement davantage, puisque Proust accepta quelques mois plus tard de préfacer Tendres stocks (Gallimard, 1921). Entre-temps, par jeu ou plaisanterie, Morand dédicaçait à Proust un exemplaire de Swann, le premier tome de la Recherche qui permit leur rencontre. Un exemplaire Du Côté de chez Swann (Paris, Bernard Grasset, 1913. In-12), relié par Roger & André Maylander à la bradel demi-maroquin noir à bandes, a été adjugé 16 918 €, à Drouot, le 9 octobre 2021. Cet exemplaire porte un envoi « À Madame Catusse. Hommage d’affection profonde que l’absence ne diminue pas et que le souvenir fortifie. En regret du Temps perdu. Respectueusement, Marcel Proust ». Marie-Marguerite Catusse était une amie de sa mère (décédée en 1905). En 1919, il lui dédicacera encore Les Jeunes filles en fleurs.

Lampes à arc connut donc plusieurs éditions complétées sous le titre générique de Poèmes (Poèmes, Lampes à arc, feuilles de température suivis de 25 poèmes sans oiseaux, illustré de 16 aquarelles cubistes de Georges Gaudion, éditions Richard, 1926. In-4). Nous nous souvenons d’un exemplaire comportant une des 10 suites à part tirées sur papier du japon des 16 aquarelles coloriées au pochoir, vendu 400 € à Drouot en juin 2014 par la maison Magnin Wedry. Nous venons d’en voir un autre, non coupé, un des 349 sur vélin d’Arches, à la librairie parisienne Villa Browna. Valentine del Moral, auteure des Biblioscopies ne tarit pas d’éloges sur les illustrations cubistes de Georges Gaudion (1885-1942). Ce dernier, mort trop tôt alors que Paul Morand (1888-1976) allait poursuivre plus longtemps sa vie trépidante. « Par le seul miracle du feuilletage, nous sommes projetés dans ces années de lumière électrique qui se servent sans compter de la force des visions, entre autres pour transformer les innombrables quartiers en Time Square sans une barrière ».

Il existe une troisième édition des Poèmes de Paul Morand, celle-là illustrée par Frans Masereel, tirée à seulement 175 exemplaires, illustrée de 8 lithographies originales hors texte. Un des 10 premiers exemplaires sur japon impérial, dans une reliure sortant des ateliers de René Kieffer, a été vendu 2 000 € Salle Favart, le 18 octobre 2018 par la maison Ader.

Ader, 3 rue Favart, 75002 Paris

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