On dessine moderne mais classique

Publié le 10/06/2022 - mis à jour le 10/06/2022 à 10H34

Hélène Muheim, Memory Peel (Utopia), ombres à paupières, encres, et poudre de graphite sur papier

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Le 15e Salon du dessin contemporain, le Drawing Now Art Fair, a refermé ses portes avec la même impression que les autres années : un énorme brouillon dans lequel on parvient à déceler des talents encore enfermés dans une tentative d’originalité. Quoique cette fois-ci, on pouvait découvrir quelques pépites qui sortaient de l’ordinaire, grâce à une représentation classique de la nature ou de tout autre sujet. La galerie parisienne Valérie Delaunay, qui est « résolument engagée dans la promotion d’artistes émergents dont le travail de peinture et de dessin questionne », présentait les œuvres de trois artistes. À première vue, ces derniers pouvaient s’immiscer entre des dessins de petits-maîtres croqueurs de paysages. Lorsque l’on est passé par-dessus les commentaires sur la « démarche curatoriale » ou la « cartographie mémorielle » des œuvres, nous contemplons une ligne de crête ou le bout d’une plaine hérissée d’arbres et des massifs qui les soulignent. Frédérique Petit (née en 1949) dessine à l’aide de fils de soie rapportés de Chine, après un séjour de recherche sur la broderie à Suzhou. Elle tire le fil comme un crayon sans jamais le lever. Au contraire de la tapisserie qui l’a laissée insatisfaite, car on ne peut contempler son œuvre qu’une fois achevée. Désormais, ses paysages suggérés par le fil sont empreints de silence. Outre la performance, l’illusion est parfaite.

Le dessinateur contemporain doit se distinguer à tout prix par la performance. Hélène Muheim (née en 1964) saisit du papier vergé à la texture proche de la peau, puis un bâton d’ombre à paupière et de la poudre de graphite et exécute des paysages arborés et montagneux. Là encore, l’illusion est parfaite.

La troisième artiste, Martine Shildge (née en 1951), donne, quant à elle, l’illusion de plaques de porcelaine. Elle perfore ses feuilles de milliers de trous, créant ainsi un relief que l’on peut considérer comme des îles perdues dans une page blanche ou des pierres de plâtre et de porcelaine. Martine Shildge s’est vouée au blanc et aux textiles afin de créer des formes tranquilles ou inquiétantes. « J’enveloppe les pierres de feutre blanc explique-t-elle. La couture réécrit chaque facette… ». L’artiste assure prendre soin de la pierre quitte à la consoler, à la protéger en lui donnant une nouvelle peau.

Drawing Now Art Fair, galerie Valérie Delaunay, 42 rue de Montmorency, 75003 Paris. Plus d’informations sur www.valeriedelaunay.com

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