Otto Freundlich, la révélation de l’abstraction

Publié le 23/07/2020 - mis à jour le 04/08/2020 à 13H18

Musée de Montmartre

Artiste engagé, ce peintre et sculpteur a consacré sa vie à la création. Humaniste à la forte personnalité, il a poursuivi ses recherches tant artistiques que spirituelles. Il est considéré comme l’un des fondateurs de l’abstraction avec Kandinsky, et cependant, il n’a pas la place qu’il mérite…

On salue l’initiative du musée de Montmartre, qui permet de découvrir Otto Freundlich avec près de 80 œuvres : peintures, sculptures, vitraux, œuvres graphiques, mosaïques ainsi que documents inédits et lettres d’artistes. La dernière exposition de ses œuvres à Paris remonte à 1969. Il s’agit donc d’une intéressante redécouverte de ce créateur permanent, dont le rôle s’avère primordial dans l’avènement de l’art abstrait auquel il a donné, par sa réflexion, une dimension morale autant que politique.

Ce n’est qu’assez tardivement, à 27 ans, qu’Otto Freundlich s’est consacré à l’art. Il a également étudié à Berlin l’histoire de l’art, la philosophie et la littérature.

L’exposition permet de suivre son évolution depuis une figuration personnelle jusqu’à l’abstraction. La première salle présente la réplique de deux peintures réalisées en 1911 et détruites durant la guerre de 1940. Freundlich les a repeintes de mémoire en 1941. Elles témoignent des débuts de ses recherches plastiques, traduisent une période de transition dans sa création, illustrent le passage de l’art figuratif, déjà libre : Composition avec 3 figures, à la figuration épurée, colorée ; Homme devant une fontaine est réalisé en petites touches lumineuses sur différents plans. Ces toiles ont été exécutées après son séjour au Bateau-Lavoir à Montparnasse, où il arrive en 1908. Picasso est son voisin d’atelier, mais il n’est pas influencé par le cubisme naissant. Il entretient cependant des liens d’amitié avec ce dernier, Braque et Apollinaire.

Après quelques mois, Otto Freundlich repart en Allemagne puis revient à Paris en 1911, où il s’installe à Montmartre avant de rejoindre Montparnasse l’année suivante. La période Montmartroise a joué un rôle important, car le cubisme qu’il découvre l’a conduit de la simplification de la forme à l’abstraction visible dans Groupe (1911), composition où ne demeurent que des rythmes fortement colorés en une abstraction teintée de sensibilité. En 1914, il est appelé à travailler dans l’atelier de restauration de la cathédrale de Chartres ; il restera marqué par ce séjour, qui le conduira vers l’abstraction.

À la suite de cette expérience, il réalise quelques vitraux : trois d’entre eux sont visibles, en liaison avec l’exposition, dans une chapelle de la Basilique de Montmartre. L’art devient alors pour lui un langage spirituel et humain. Il compose des toiles où s’architecturent des formes géométriques en des rouges, jaunes et bleus puissants.

Au début des années 1930, il participe au mouvement « Abstraction-Création », où il agence des éléments au fort chromatisme et devient l’un des principaux représentants de l’art abstrait. En humaniste, Otto Freundlich combat le racisme comme en atteste le triptyque en mosaïque Hommage aux peuples de couleurs ; on y découvre une évocation très simplifiée de 3 personnages. À cette époque, Freundlich reprend une figuration toute personnelle. Peintre de la couleur, il est également celui de la lumière, son abstraction évolue, clarté et ombre dialoguent ensemble. Dès 1937, il fait partie des « Peintres dégénérés », combattus par le nazisme ; une salle de l’exposition s’en fait l’écho, dans laquelle figure la liste de ses œuvres détruites, ainsi que des lettres de Peggy Guggenheim, Max Jacob, Picasso et bien d’autres. Interné en France en tant que juif en 1939, relâché en 1940, il s’installe dans les Pyrénées Orientales où son art continue à évoluer. Ce sont maintenant des carrés multicolores qui s’enchevêtrent, irradiés par la lumière.

Dans les jardins, Renoir figure Ascension, sculpture de 1929 qui frappe par l’équilibre, la puissance des volumes. Arrêté en 1943, Freundlich meurt en camp de concentration. Il laisse une œuvre forte, un langage spirituel.

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Référence : LPA 23 Juil. 2020, n° 154b4, p.27

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