Piège mortel

Publié le 06/04/2017

Piège mortel au Théâtre La Bruyère.

Piège mortel, Théâtre La Bruyère

Cela commence dans le quotidien paisible d’un couple, un auteur de pièces policières et sa femme, lui à sa machine à écrire, elle à son tricot. Cela se termine dans la fureur et le sang. Entre les deux, une suite de coups de théâtre et une montée en puissance de rebondissements inattendus.

L’Américain Ira Levin est à l’aise dans tous les registres : théâtre, cinéma, roman, scénario de télévision, science-fiction, thriller… Son roman Rosemary’s baby a inspiré Roman Polanski et les best-sellers se sont accumulés dont ce Piège mortel, joué sans interruption à Broadway entre 1978 et 1982. Assuré d’une subtile adaptation de Gérard Sibleyras, sa transposition sur une scène française est une réussite et donne aux spectateurs l’assurance d’une agréable soirée.

La vie de l’écrivain Sidney Brown n’est paisible qu’en apparence. Il a une amitié homosexuelle avec l’un de ses étudiants, lequel cherche tout naturellement à s’émanciper et à supplanter le maître en panne d’inspiration. Il a écrit une pièce, Piège mortel, dont le manuscrit est au centre de l’intrigue. Impossible d’anticiper sur les événements qui vont se succéder à un rythme de plus en plus alerte. Impossible de savoir qui trompe qui. Impossible de faire un partage équitable entre le vrai et le faux, la réalité et la fiction. Impossible d’imaginer la fin, dévoilée à la toute dernière minute.

Le suspense ne manque pas d’être troublant, mais l’ensemble reste avant tout, une comédie. Ces jeux cruels ont le parfum de ceux des enfants à la recherche de loups et d’êtres monstrueux pour donner du piment à leurs contes. La méchante sorcière est au rendez-vous mais elle a les traits d’une voyante loufoque caricaturale au possible, une voisine qui survient quand on ne l’attend pas et dont les dons prêtent à suspicion.

Éric Métayer accentue le côté extravagant de la pièce tout en donnant l’importance qu’il faut à l’étrangeté des caractères des deux écrivains : on glisse alors vers Freud, les affres de la création et une condition d’homme difficile à porter. Mais il le fait à légers coups de pinceau, juste ce qu’il faut pour conserver au spectacle une belle densité.

Les comédiens sont excellents. On appréciera la retenue de Nicolas Briançon qui rend encore plus inquiétante la perversité du personnage de Sidney. Il court du Théâtre de poche Montparnasse où il joue à 19 heures Pour un oui, pour un non de Nathalie Sarraute jusqu’à la rue La Bruyère à 21 heures. Ici un jeu sur les mots, là un jeu sur les actes, tout aussi dangereux l’un que l’autre, et la vedette de la radio et du petit écran Virginie Lemoine se tire bien du rôle à contre-emploi de l’épouse sacrifiée.

Casser les codes et retourner les spectateurs comme des crêpes, ce projet du metteur en scène est tenu.

 

LPA 06 Avr. 2017, n° 124z2, p.16

Référence : LPA 06 Avr. 2017, n° 124z2, p.16

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