Porcelaines : la fabrique de l’extravagance

Publié le 22/12/2020 - mis à jour le 28/12/2020 à 0H22

Porcelaine extravagante.

MAD Paris

Le château de Chantilly constitue un merveilleux écrin pour la présentation de porcelaines du XVIIIe siècle dans lesquelles la beauté des formes et les décors inspirés par l’Extrême-Orient côtoient parfois l’insolite, le baroque.

Cette demeure que le prince de Condé affectionnait particulièrement a conservé les décors de l’époque ; les porcelaines y retrouvent tout naturellement leur place, présentées sur un mobilier datant de la période où elles ont été réalisées. Près de 130 œuvres exécutées par deux manufactures prestigieuses : celle de Meissen, fondée en 1710 par Auguste Le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne, et celle de Chantilly créée en 1730 par Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé et premier ministre de Louis XIV. Disgrâcié en 1726, il s’exile à Chantilly qu’il va moderniser. Ces deux grands personnages s’intéressaient à la céramique.

Le dialogue s’installe, dans l’exposition, entre les expressions un peu différentes de chaque manufacture. À Meissen, on travaillait une porcelaine blanche à pâte dure comme le pratiquaient les Chinois et les Japonais ; à Chantilly, l’on façonnait une matière plus douce, sans kaolin, couverte d’émail pour la rendre plus blanche. L’Extrême-Orient est à la source de ces créations fort prisées au XVIIIe siècle en Europe, qui admire la réalisation de motifs souvent inspirés par la nature en un dessin quelque peu stylisé parfois. L’éclat, la translucidité de la porcelaine faisait merveille.

Le visiteur est invité à retrouver le Grand Siècle dans la beauté et le raffinement ; les œuvres prennent tout leur sens dans ces pièces aux boiseries blanches et or, remarquablement mises en scène par la scénographie de l’architecte américain Peter Marino. On est saisi par la virtuosité technique, l’invention ; l’exotisme est présent, mais revu par le regard européen. Les chinoiseries importées d’Extrême-Orient connaissaient une grande vogue, de nombreux collectionneurs les recherchaient ; Auguste Le Fort et le prince de Condé faisaient partie de ces amateurs. Il n’est pas étonnant que les créations françaises et allemandes aient connu un vif succès.

Les plus beaux exemplaires de ce travail minutieux figurent ici ; les créateurs des deux manufactures s’inspirent du style japonais Kiemon. L’extravagance peut être présente, comme dans les nombreuses pendules : Pendule à l’éléphant ou au Rhinocéros avec un Oriental, de l’atelier Meissen, surchargées et superbes, à décor de fleurs polychromes. Ou bien c’est une originale Pendule à orgue en porcelaine tendre sur émail monté sur bronze ciselé et doré, exécutée à Chantilly, comprenant un extraordinaire concert de singes richement vêtus. Et encore des Fontaines de table, au carlin, par exemple venues de Meissen, le support souvent richement décoré. Plus traditionnels, les vases au fin décor exotique, l’invention créatrice se révèle là encore, avec notamment un Vase à 6 pans au décor Keimon.

Pagodes, bouddhas, statuettes, volières, ces porcelaines s’unissent souvent au bronze doré, avec des décors d’une grande finesse, inspirés par la nature : branches fleuries, bambous disposés sans le souci de la symétrie et peints en une palette restreinte.

Chantilly s’est distingué en créant des services de table et de toilette à admirer pour leur raffinement, leur poésie. Au milieu du siècle, sa manufacture évolue dans le style, s’éloigne de l’exotisme pour retrouver un style plus européen. Le parcours met en lumière la prouesse technique alliée à l’esthétique, comme le prouvent les trois oiseaux blancs réalisés grandeur nature, superbes : un Héron et un Vautour aux plumes finement évoquées, nés de la manufacture de Meissein, et un Coq coloré, réaliste, exécuté à Chantilly.

Ce superbe ensemble de porcelaines est à découvrir.

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Référence : LPA 22 Déc. 2020, n° 158g7, p.31

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