Pour une esthétique contre-cool !

Publié le 10/03/2020 - mis à jour le 12/03/2020 à 14H15

Rue Fromentin

Qu’est-ce qu’être contre-cool ?

La question est essentielle, vitale, le contraire d’une interrogation superflue dans un monde de suivistes et de néo-conformistes. L’ouvrage, signé Pierre Robin, avec en couverture la décalée photographie d’un certain Gérard de Villiers en nœud pap’ et tenue de soirée, s’annonce comme un manifeste mais sans le dogme, comme une façon de résister mais sans aucune violence. Avec pour parti pris une grande dose d’humour ! La préface signée Bertrand Burgalat, subtil et dandy compositeur, donne le ton.

Nouveau snobisme, nouveau dandysme ? Peut-être, et tant mieux alors, le livre naviguant entre nostalgie et provocation. Au-delà de l’aspect ludique, il pose des enjeux plus sérieux qu’il n’y paraît, avec au passage la question des définitions : le cool c’est quoi ? Mais aussi des frontières : le contre-cool, le kitsch, le contre-cool, est ce ringard ? C’est également des enjeux, être contre-cool est-ce être de droite, réactionnaire, conservateur ? Ou inclassable ? On aimerait plutôt cette dernière option. Car être « contre-cool », c’est avant tout une aventure individuelle.

Modèles et lieux. Pour illustrer cette esthétique (un monde en soi donc), Pierre Robin décline quelques identités, d’Alain Delon à Patrick Juvet, en passant par Michèle Morgan, telle « un secret perdu », et plus inattendus ici Guy Delorme (de tous les génériques et de toutes les cascades filmées des années 60 et 70) ou Lova Moor.

Cette galerie de portraits, que chacun finalement pourra chercher à enrichir, permet d’approcher ce que serait ce nouveau mode d’être, pas si nouveau que cela, puisque d’un autre temps. Il y a aussi une géographie du contre-cool, à Paris surtout, place privilégiée de l’état des esprits et des airs du temps : pourquoi le Trocadéro, Passy, l’avenue Foch sont-ils des secteurs stratégiques ? La Rive gauche peut-elle être autre chose que « cool » ? La place Catroux, Pereire Sud sont à revisiter. On n’en dit pas plus…

Un art de vivre ? La contre-coolitude célèbre le dress code façon Daniel Ceccaldi dans Pleure pas la bouche pleine (l’occasion de revoir tous les films de Pascal Thomas), avec le port des gants noirs (et pourquoi pas oser quelques couleurs).

Être contre-cool, c’est honorer un film de Philippe Clair mais également La Charge de la brigade légère de Curtiz ou Délivrance de Boorman. Et puis, paraît-il, ce serait écouter en boucle Metal Machine Music de Lou Reed – ce qu’on est prêt à faire – et n’importe quelle compilation de Dave ; là, ça peut se discuter !

Ce qui est sympa avec ce livre, c’est qu’il sonne comme un appel et non comme un programme. Hymne à la liberté de chacun d’être autrement, il nous rappelle surtout que l’humour sauve de tout.

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Référence : LPA 10 Mar. 2020, n° 151w5, p.20

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