Propos d’Europe

Publié le 20/10/2016

La Fondation Hippocrène, reconnue d’utilité publique, a été créée en 2002 dans le but d’établir une véritable citoyenneté culturelle européenne par l’intermédiaire de travaux de jeunes artistes dans tous les domaines.

Elle accueille cette année la Fondation KaviarFactory venue de Norvège et fondée en 2012 par Rolf et Venke Hoff, importants collectionneurs d’art contemporain ; ils n’ont pas de conseillers, seul compte leur goût personnel, leurs « coups de cœur ». Ils effectuent parfois des achats spontanés sans souci de l’éventuelle notoriété d’artistes de leur pays mais également internationaux. Considérant qu’Oslo était pourvue de nombreux musées, ils ont décidé d’installer leur fondation dans le nord du pays, à Henningsvær, au milieu des îles Lofoten ; un lieu ouvert sur la nature.

Propos d’Europe 15 : Expanding Frontiers, vue d’exposition, Fondation Hippocrène, 2016.

Aurélie Cenno/Courtesy Fondation Hippocrène

La recherche d’artistes contemporains est pour le couple une vraie passion : celle de la découverte puis de la transmission à travers les expositions à la KaviarFactory. Grands voyageurs, ils recherchent sans cesse à travers le monde des talents nouveaux auxquels ils donnent leur chance. Le nom de cette fondation peut paraître curieux, son origine provient du bâtiment où elle est installée : une ancienne manufacture de caviar. Ce centre permet aux habitants de cette région éloignée de se familiariser avec l’art d’aujourd’hui grâce aux 800 œuvres de près de 300 artistes, dont beaucoup viennent du nord de l’Europe, mais aussi d’Amérique, du Japon, d’Europe.

L’exposition présentée à la Fondation Hippocrène, située dans l’atelier du célèbre architecte Robert Mallet-Stevens, réunit 25 artistes pour la plupart issus de pays nordiques mais également d’Angleterre, des États-Unis, de Géorgie. La grande diversité des créations – un peu inégales mais pour beaucoup intéressantes – offre un parcours vivant, souvent critique de la société tel Kjartan Slettemark qui, dans une figuration personnelle, un portrait, se montre subversif. Le déclin de notre monde a inspiré Anders Smebye avec la représentation d’un dollar sur une tenture, symbole par excellence de l’emprise de l’économie ; Henrik Olai Kaarstein compose à partir de matières diverses : stores, serviettes et autres matériaux, des toiles abstraites aux couleurs fondues éclairées de taches lumineuses révélant une vision parfois poétique. On admire l’extrême délicatesse des compositions de Bjarne Melgaard, d’une grande sensibilité, réalisées en une tendre palette harmonieuse. Cet artiste unit avec bonheur figuration et abstraction en une écriture inventive, personnelle, émaillée de fins tracés.

Quelques artistes apparaissent plus figuratifs : Giorgi Khaniashvili qui, avec un « ange déchu », évoque la chute du monde soviétique. À la figuration de Bjørn Bjarre se mêle le surréalisme dans l’échange impossible entre notre terre et des habitants supposés d’une autre planète. Keller et Kosmas travaillent ensemble et, comme bien des artistes exposés, critiquent la société actuelle avec la technologie omniprésente qui ne peut résoudre tous les problèmes ; ils exposent un rouleau ondulant, sculpture posée sur le sol et dont la surface est travaillée. C’est encore la puissante gestualité colorée de Matthew Stone. Un trait fin semble effleurer le papier dans l’œuvre de Ryszard Warsinski où le personnage apparaît presque en filigrane et cependant lisible ; il témoigne d’un réel sens poétique. Saman Kamyab s’exprime quant à lui en un chromatisme vigoureux. Sont présentes également des compositions minimalistes : Rolf Nowotny ou Ebbe Stub Wittrup et une invitation au silence, à la réflexion et aussi l’intéressant travail d’impression jet d’encre sur papier de riz pour de petits paysages inscrits au centre de la toile. D’autres artistes sont à découvrir.

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Référence : LPA 20 Oct. 2016, n° 121c0, p.16

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