Quatre sœurs et une cousine au musée Fragonard de Grasse

Publié le 09/06/2023

Jeune fille tenant le sabre de son père, Jeanne-Élisabeth Chaudet (1767-1832), exposé au Salon de 1814

Guillaume Benoît

Fragonard est le nom d’un peintre, mais il est aussi celui d’un parfumeur. Et pour cause ! Le premier, Jean-Honoré (1732-1806), surnommé « le peintre de Louis XV », est le fils du second. À notre connaissance, son père François (1699-1781) était tout simplement Monsieur Fragonard, marchand-gantier et parfumeur de son état. En réalité, la parfumerie Fragonard d’aujourd’hui tient son nom de l’hommage que fit en 1926 Eugène Fuchs (1904-1993), lorsqu’il créa sa propre entreprise, à l’enfant le plus célèbre de la ville de Grasse. Dans les années 1960, son gendre Jean-François Costa ajouta à l’entreprise un musée de la Parfumerie à Grasse et à Paris, un musée provençal du costume et du bijou en 1997 et enfin, un musée Jean-Honoré Fragonard à Grasse, inauguré en 2011.

Depuis ces années, le musée Fragonard présente également des œuvres de deux autres artistes grassois, Jean-Baptiste Mallet (1759-1835) et Marguerite Gérard (1761-1837), belle-sœur et élève de Fragonard. Le 31 mars dernier, une toile attribuée à ce peintre, Jeune musicienne donnant une gimblette à son chien, a été adjugée 4 800 €, à Drouot, par la maison Ferri. Nous connaissons mal les femmes artistes de la fin du XVIIIe siècle ; en cherchant bien, nous pourrions en citer une bonne dizaine. Ce qui est fort peu…

C’est la raison pour laquelle le programme des musées Fragonard met les femmes à l’honneur, avec les quatre sœurs Lemoine et leur cousine Chaudet. Celles-ci assuraient, fortes de leur talent : « Je déclare vivre de mon art » ! Une proclamation qui sert de titre à l’exposition qui se déroulera à Grasse au musée Jean-Honoré Fragonard, du 10 juin au 8 octobre. Il ne fut pas facile de l’organiser pour la commissaire Carole Blumenfeld, qui a dû se prêter à un véritable jeu de piste pour retrouver et obtenir le prêt de nombreux tableaux, tant dans les collections publiques qu’au sein de collections particulières. Elle y parvint cependant, et l’on pourra donc voir de Marie-Victoire Lemoine (1754-1820) la Jeune femme gravant une inscription sur un arbre, de Jeanne-Élisabeth Chaudet (1767-1832), la Jeune fille tenant le sabre de son père, qui fut exposé au Salon de 1814, ou encore le Portrait de Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe de Marie-Victoire Lemoine, conservé par la Banque de France. La plus belle trouvaille de Carole Blumenfeld est celle du Portrait de la duchesse d’Orléans, un tableau inédit provenant des collections nationales et « oublié » sous papier Japon depuis 1992, dans les réserves du musée de Saint-Brieuc. Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon (1753-1821) était la fille du duc de Penthièvre et donc la belle-sœur de Mme de Lamballe. Elle épousa le 5 avril 1769 son lointain cousin, Louis-Philippe d’Orléans, communément surnommé « Philippe-Égalité ». Elle était la mère du futur Louis-Philippe Ier, roi des Français.

             

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