Qui était Simon-Nicolas-Henri Linguet ?

Publié le 18/08/2021

Jean-Baptiste Tenant de Latour (1779-1862) fut nommé en 1846 bibliothécaire du roi Louis-Philippe Ier, au palais de Compiègne. La somme de ses connaissances a été réunie dans ses Mémoires d’un bibliophile, livre paru en 1861. Cet ouvrage se présente sous forme de lettres à une femme bibliophile (la comtesse de Ranc… [Le Masson de Rancé]), et se compose de nombreuses réflexions sur la bibliophilie, les écrivains et le monde des Lettres. Nous reprenons cet été la publication de la Lettre XI consacrée au « Cabinet de M. Turgot ».

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« C’est surtout Linguet – Simon-Nicolas-Henri, né le 14 juillet 1736 à Reims et guillotiné le 27 juin 1794 à Paris, avocat, homme de lettres, propriétaire terrien, à la fois opposé aux philosophes, aux jansénistes, et surtout au libéralisme économique mis en place par la Révolution dont il dénonça avec virulence les conséquences pour les classes laborieuses – qui est le plus fréquemment l’objet des sarcasmes de M. Turgot : Morale fondée sur la force, par S. N. H. Linguet ; Dict. portatif des métaphores et des comparaisons, par S. N. H. Linguet. Trois énormes volumes.

Je remarquerai à ce sujet que souvent la grandeur du format et le nombre des volumes entrent pour quelque chose dans l’épigramme : Dangers du pain, par S. N. H. Linguet ; Dialogue entre les trois gueules de cerbère, jeu d’esprit de S. N. H. Linguet. Enfin, plusieurs autres contre le même, tant en latin qu’en français. On retrouve aussi une autre fois l’abbé de Caveirac : Conduite des Espagnols dans les Indes, justif. par l’abbé de Caveirac.

Cependant, chaque personnage en est généralement quitte pour un seul mot piquant ; ainsi l’on ne rencontre qu’une fois les noms que voici : Du pouvoir de la musique, par M. Sédaine ; De l’emploi des images en poésie, par M. Dorat ; Hist. complète des néréides, ouvrage poste de Poinsinet.

Vous savez mieux que personne, Madame, ce que la réputation de Sedaine dut aux charmantes compositions de Grétry et de Monsigny. Vous savez aussi avec quel luxe de gravures furent publiés la plupart des ouvrages de Dorat. Pour ce qui est du trait relatif à Poinsinet, j’avais pensé d’abord qu’il se rapportait à cette carpe avec laquelle quelques mauvais plaisants persuadèrent au crédule auteur du Cercle qu’ils l’avaient mis en conversation, et qui est si originalement rappelée dans un couplet de la fameuse complainte, sur l’air du cantique de Saint-Roch : « Ce fut avant le Warwick de Labarpe/ Lorsqu’au théàtre on sifflait Astarbé/ Que tout à coup, amoureux d’une carpe/ Dont il cuidait être le Sigisbé/ Notre invisible/ Imperceptible/ Voulut, dit-on/ Se changer en triton ». (À suivre)

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