Regard d’artiste : Raija Jokinen

Publié le 22/07/2022 - mis à jour le 22/07/2022 à 10H03

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En résidence au domaine de Trévarez en Bretagne, et dans le cadre de l’exposition annuelle « Regard d’artiste », Raija Jokinen a été fascinée par ce site grandiose, l’imposant château aux styles variés construit à la fin du XIXe siècle par James de Kerjégu, entouré d’un parc de 85 hectares avec fontaines, jardins divers (jardins japonais, italiens, Renaissance).

Ce lieu où règne la beauté a inspiré cette artiste pour son œuvre si originale qui unit intimement l’humain, créant des personnages hybrides. Pour les réaliser, elle utilise en majorité la fibre de lin associée au papier et à des branches, brindilles, parfois l’acier. L’interrogation mêlée à la séduction est forte devant cette œuvre unique née de la réflexion sur cette union intime : homme et nature. On devine sa passion en façonnant ces silhouettes évoquant cette relation souvent oubliée dans notre vie surchargée, parfois éloignée de notre environnement.

Finlandaise, Raija Jokinen est née en 1960 et c’est à l’École supérieure Aalto d’art qu’elle a étudié le tissage et le design. L’art textile la passionne, elle est membre du groupe Asio-Europe Fiber Art qui réunit des créateurs désireux de faire connaître cet art particulier à travers des expositions ; la première a eu lieu en 2019 en Lituanie.

À Trévarez, ses œuvres sont présentées dans trois espaces différents : le Château, le parc et les écuries. Dans chacun de ces lieux sont exposés des travaux exécutés en des techniques différentes. Les somptueuses pièces du Château sont animées par ces personnages surprenants et criants de vérité, finement réalisés en fibre de lin. L’artiste reproduit la peau, les vaisseaux sanguins, les nerfs, évoque le corps externe autant qu’interne et la proximité avec des éléments de la nature. Ces êtres semblent pour certains habités de vie intérieure. Quelques-uns d’entre eux forment comme une chaîne de quatre silhouettes unies par un réseau sanguin dont le rouge vivifie les corps. Cette vision saisissante interpelle.

Une impression de mouvement anime les personnages qui peuplent l’étage où l’un d’entre eux apparaît paré d’une longue traîne faite d’éléments naturels ramassés dans le parc. Un autre est recouvert de plumes ; ces êtres inattendus sont porteurs de l’invention permanente de l’artiste. Pour créer ces personnages, Raija Jokinen superpose les fibres de lin, les colore, les assemble avec de l’amidon de riz puis les coud. Si ces personnages réinventés possèdent bien une forme humaine, c’est que l’artiste les dessine au préalable.

Lorsque l’on se promène dans le parc, on rencontre là encore ces êtres, sculptures faites en acier, métal toujours associé aux éléments naturels : Lungs, sculpture en acier de 2 mètres de haut, fusion entre une forme d’arbre « réinventé » et des brindilles représentant des poumons ; une évocation de la nécessité de préserver les arbres fournisseurs d’oxygène. D’autres œuvres jalonnent le parcours, toujours dans le même projet de préservation de la nature.

Dans les écuries sont installées des œuvres plus anciennes sur le même thème ainsi que l’explication de son processus de création. Toutes ces créations expriment l’inquiétude de Raija Jokinen face à l’avenir de la nature.

• Domaine de Trévarez, 29520 Saint-Goazec

Jusqu’au 9 octobre 2022

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