Rops, son beau-père et la bécasse

Publié le 30/06/2021

Ce dessin de Félicien Rops en forme de rébus illustre l’édition originale de Suarsuksiorpok ou le Chasseur à la bécasse, par Sylvain (Théodore Polet), il a été adjugée 813 €.

Alde

Il est parfois des mélanges pour le moins curieux. Qui aurait imaginé que le sulfureux illustrateur et peintre Félicie Rops (1833-1898) puisse s’intéresser à la bécasse ? Ce n’est pas par goût de la chasse à ce volatile parmi les plus difficiles à tirer que l’auteur de la Pornokrates (la « Dame au cochon »), l’a suivi au vol, mais pour des raisons familiales. Comme tout un chacun, suivant une jolie tradition, Félicien était marié avec une jeune femme prénommée Charlotte et donc avait un beau-père : Théodore Polet (1801-1866). Ce dernier, selon Baudelaire qui le connaissait était un : « Singulier homme, magistrat sévère et pourtant jovial, grand chasseur et grand citateur (littérature). Il a fait un livre sur la chasse et m’a cité des vers d’Horace, des vers des Fleurs du Mal et des phrases d’Aurevilly. M’a paru charmant. Le seul Belge connaissant le latin et sachant causer en français (et ayant l’air d’un Français) ».

Ce juge composa en effet sous le pseudonyme de Sylvain, Suarsuksiorpok ou le Chasseur à la bécasse, publié simultanément à Bruxelles et à Paris. Il est orné de 34 vignettes de Félicien Rops, dont 6 hors texte. Un exemplaire de l’édition bruxelloise, relié en plein maroquin, dos à nerfs orné, auteur et titre dorés, triple filet doré aux plats, double aux coupes, roulette intérieure, tête dorée, la couverture illustrée d’une vignette, a été adjugé 625 € par la maison Alde, le 26 mai dernier assistée par Jérôme del Moral de la librairie Villa Browna. Un exemplaire de l’édition parisienne, mais imprimée en Belgique par Nys, broché sous chemise et étui figurant reliure, a été vendu 813 €, le même jour lors de la dispersion de la collection de livres cynégétiques de Jean-Pierre Lemanissier. Celui-ci, bon compagnon, était sans doute l’un des meilleurs radiologistes et le plus fantaisiste. « Le cheveu de broussaille, l’œil de velours faussement inattentif, la cigarette extra-fine entre deux doigts, le sourire charmant, le rire généreux, Jean-Pierre Lemanissier était Lema pour ses amis de Normandie, les chasseurs et collectionneurs de France et de Navarre », se souvient aussi Jérôme del Moral.

Cet exemplaire de cette édition originale est orné d’un dessin, non moins original, en forme de rébus par Félicien Rops qui illustre ici le livre de son beau-père. On peut lire : « Dix jours de Goutte ! De vraie Goutte – de la Goutte de mon Grand-père (Girodet pinxit). Je le vois sourire du haut des Champs-Élysées ce vieux suceur de Bourgogne du reste. Car enfin je ne bois pas moi ! Est-ce juste Monsieur ? Que parce qu’on a eu un grand-père qui s’appelait Ropsy Palik Ferenz. Ce qui veut dire François-Paul Rops et qui était Hongrois par-dessus sa goutte… ». En examinant le dessin, on reçoit quelques clins d’œil. L’ange qui a vendu ses ailes et s’enfuit appuyé sur une béquille, un pied bandé, a son pied valide chaussé par le même escarpin que la « Dame au cochon » !

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