Rouge, un film environnemental ?

Publié le 31/08/2021 - mis à jour le 21/02/2022 à 11H48

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Film écologique ? C’est ainsi qu’a été qualifié Rouge, le film de Farid Bentoumi présenté à Cannes cette année. Il n’est pas que cela. Qu’est-ce qui fait la réussite de ce film, véritable coup de cœur de l’été ?

Un scénario écologique, mais pas que. S’inspirant de faits réels, tourné en Belgique par une production belge (coproduit par les frères Dardenne, la société The Velvet qui avait déjà produit le précédent film de Bentoumi est aussi au générique), on peut reconnaître sans trop de difficulté l’allusion faite à cette entreprise qui, dans le film, a déversé il y a vingt ans des boues rouges dans un lac et qui attend le renouvellement de son autorisation de rejets par l’autorité préfectorale. Les juristes qui se collettent au contentieux environnemental ont en tête des affaires similaires, précision étant faite dans le film que l’usine rejette désormais ses déchets de manière souterraine alors qu’on est dans le périmètre d’un parc national… On apprendra d’autres choses utiles au détour des dialogues entre le chef d’entreprise (Olivier Gourmet) et la jeune Nour (Zita Hanrot). On se croirait dans les dossiers qui ont eu les honneurs de la juridiction administrative française. Côté scénario, on est ainsi dans l’air du temps et des préoccupations actuelles. Cela aurait pu être un peu plombant, mais les scénaristes ont parfaitement croisé l’enjeu écologique avec deux autres : celui du maintien de l’emploi (à quel prix et jusqu’où, telle est l’une des questions) et celui du devoir ou du droit de se taire ou de parler, en somme la recherche de la vérité, à quel prix aussi ? Jusqu’au risque de l’affrontement entre un père (Slimane, joué par Sami Bouajila) et sa fille Nour. Le scénario intelligent (la couleur rouge est déclinée tout le long du film, on n’en dit pas plus) et tout en nuances happe le spectateur qui, au fil des positions et arguments échangés, se prend parfois à ne plus savoir tout à fait quoi penser. C’est cette faculté d’être déstabilisé (comme le sera Slimane in fine) qui fait aussi la force du film.

Des acteurs remarquables. La réussite est aussi celle des acteurs, qui eux-mêmes sont bien servis par des personnages écrits tout en sensibilité. Leur jeu est sobre et efficace. Le duo est absolument épatant. Pleine de promesses dès Fatima, Zita Hanrot crève l’écran. Sami Bouajila, qui a toujours été impeccable, trouve ici un rôle complexe et fin auquel il donne la puissance de sa présence, de ses silences aussi. Céline Sallette joue une journaliste convaincante. Le reste de la distribution est à sa place. La mise en scène a fait elle aussi le choix de la sobriété : ça marche sacrément bien. On l’avait signalé : film coup de cœur, il ne faut pas rater Rouge.

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