Paris (75)

Sam Szafran, « Obsessions d’un peintre »

Publié le 27/10/2022 - mis à jour le 27/10/2022 à 10H12

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Unique est l’œuvre de Sam Szafran (1934-2019) qui, dans une figuration souvent poétique et une approche très personnelle des thèmes, a évoqué le réel, celui qui était le sien. Loin de toute influence, il n’a obéi qu’à son désir plastique. Il est reconnu comme un maître du pastel et de l’aquarelle, qu’il a magnifiquement renouvelés.

De son enfance difficile en Pologne durant la guerre, il est resté marqué par les horreurs qu’elle a suscitées, d’où vient sans doute cette inquiétude latente ressentie devant son œuvre. Il s’est formé succinctement aux cours du soir de la Ville de Paris, puis à la Grande Chaumière, où Henri Goetz l’a initié au dessin. Avait-il besoin d’un enseignement plus approfondi ? Aucunement, il possédait assez de richesse intérieure, d’imagination créatrice pour réaliser une œuvre très particulière, bien qu’empruntée au quotidien : ateliers, escaliers, philodendrons qu’il a peints au pastel, réhabilitant ce procédé un peu tombé en désuétude puis à l’aquarelle. « J’ai choisi le pastel comme procédé d’expression parce qu’il m’apparaissait un moyen d’une extrême rigueur pour me débattre avec mes fantasmes ». Sa vie durant, il a tenté de pénétrer les secrets du travail au pastel sur papier, puis sur soie chinoise. Il a repris ses thèmes à l’aquarelle, offrant ainsi une approche différente sur son entourage immédiat.

Sam Szafran s’est d’abord exprimé au fusain, créant de forts jeux d’ombre et de lumière ; un trait nerveux, acéré évoque des ateliers au grand désordre mais où se devine le travail du peintre. Dans ses compositions au pastel, la couleur rutile dans une grande richesse de la palette. Impressionnante est la traduction magistrale d’escaliers vertigineux qu’il reconstruit à son gré. Il réorganise l’espace en une ligne serpentine, il peint les rampes de ces escaliers étroits en un trait fulgurant et sous des angles très personnels, parfois en contre-plongée. On est pris par ce tourbillon de marches réalisées en un chromatisme d’ocre nuancé, plus ou moins foncé ; le pastel est parfois posé en strates successives. Ces escaliers semblent déformés en une intéressante géométrie.

Et c’est une autre sensation devant les philodendrons entourant son atelier : à l’instar d’une forêt vierge, ils accaparent le spectateur. Avec leurs feuilles géantes, ils tissent un réseau de verdure. Issus de pots minuscules, ils prospèrent, prennent possession du lieu. Parfois ils s’allègent, laissent pénétrer la lumière dans des compositions poétiques.

Ce peintre singulier a aimé s’exprimer en de grands formats ; son trait, toujours juste, le révèle excellent dessinateur, inventif dans la traduction de son environnement, lieux clos pour la plupart. Il a étudié lumière et ombre pour traduire sa vision de l’espace. Il s’est interrogé sur la manière de retrouver la fraîcheur du premier regard. Solitaire, Sam Szafran a toujours travaillé dans son atelier ; l’art a été son refuge. Par son génie créatif, il a créé une œuvre portant sa part de poésie et de mystère.

Musée de l’Orangerie, Jardin des Tuileries, 75001 Paris

Jusqu’au 16 janvier 2023

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