Sempé face au marteau

Publié le 11/06/2021

Vue du jardin du Luxembourg par Sempé.

Artcurial

Sempé a-t-il songé qu’il était un précurseur ? L’un de ses anciens dessins montre un coursier se frayant un chemin dans les rues de la Grosse Pomme. Il apparaît juste au carrefour de deux blocs, dans l’axe d’une perspective si familière de la ville de New York. Ce dessin sera mis en vente le 19 juin prochain à l’hôtel Dassault par Artcurial, avec une estimation de 30/50 000 €. C’est la première fois qu’une vente publique sera entièrement consacrée à cet artiste d’origine bordelaise. On rapporte que dès l’âge de 12 ans, il entreprit ses premiers dessins teintés déjà d’humour. À partir des années 1950, certains furent publiés dans le quotidien régional Sud Ouest. Il les signa d’abord de ce qui pourrait sembler être un signe : « DRO ». Ce Dro-là vient tout simplement de l’anglais « to draw ». Il trouva finalement plus sage de reprendre son nom, mais sans prénom, et le 29 avril 1951, il signait Sempé pour le plaisir de tous. Il ne faut pas s’imaginer que tout fut facile au début. Sa rencontre avec René Goscinny fut décisive. « C’était mon premier ami parisien, autant dire mon premier ami », racontera Sempé. Avec lui, il fera vivre Le Petit Nicolas dans 222 histoires illustrées par environ mille dessins. À partir de 1962, Sempé publiera presque chaque année un album de dessins chez Denoël, soit quarante jusqu’en 2010.

Les 54 dessins présentés dans la vente permettent de retracer sa carrière depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Il semblerait qu’il n’y a pas eu un magazine ou un quotidien de la presse française qui n’a pas publié l’un de ses dessins, même aux États-Unis pour le New Yorker à partir de 1978, pour lequel il réalisera plus d’une centaine de dessins. Il assura également sa contribution au magazine Punch, en Grande Bretagne. L’humour souvent grinçant et tout aussi souvent tendre exprimé par ses personnages réjouit les lecteurs. The Musicians in Central Park présente un petit aspect surréaliste. Que peuvent bien faire ces musiciens avançant en file indienne dans le parc ? On en demande 30/50 000 €. Les scènes de vie du quotidien sont observées avec un œil espiègle. On rend visite à une cartomancienne (10/15 000 €), et l’on suit une petite ballerine (30/50 000 €). En compagnie de cette dernière, nous pénétrons à l’opéra (10/15 000 €). C’est fou comme Sempé évoque la musique à travers les interprètes… Combien de violonistes, de pianistes, de chefs d’orchestre sont passés sous son crayon ? Nous pourrions encore compter les cyclistes, pas seulement à New York, bien qu’il travailla aussi pour le Sports Illustrated. Suivons simplement ces deux adeptes de la petite reine déambulant dans les rues (30/50 000 €). Poète, Sempé l’est encore au cœur des lieux cultes de Paris : au jardin du Luxembourg, à Saint-Sulpice ou encore en donnant une image de Paris sous la pluie ou d’un bus sur un pont traversant la Seine de nuit…

Renseignements : Artcurial, 7 Rond-Point des Champs-Élysées Marcel-Dassault, 75008 Paris. Tél. : 01 42 99 16 19.

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