Soudain l’été dernier

Publié le 23/03/2017

Soudain l’été dernier, de Tennessee Williams, au théâtre de l’Odéon.

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Comment Sébastien, un riche oisif qui s’adonne à la poésie, a-t-il trouvé la mort, soudain, l’été dernier, à Cabeza de Lobo ? Quelle sera l’issue de l’affrontement sans merci entre Mrs Venable, mère possessive, et Catherine, qu’elle rend responsable de sa mort ? Que vaut le récit que Catherine se décide à faire, provisoirement sortie de son mutisme par le docteur Cukrowicz ? Au moins serons-nous persuadés que la vérité n’existe pas, qu’elle est multiple et qu’à trop la chercher, on risque de sombrer dans la folie.

Une fois de plus Tennessee Williams nous entraîne dans un huis clos sulfureux de haine, prédation, transgression, dévoration, hors des règles de la bienséance, de la bienveillance, de la droiture, au profit — faute de mieux pour ces écorchés vifs — des mauvais sentiments. Mais quel enchantement que ces voies tortueuses, quelle séduction que ces personnages monstrueusement égoïstes, revendiquant fièrement leur déchéance car elle n’est pas autre chose qu’une recherche de pureté !

La pièce a été écrite en 1958 après les grandes pièces qui avaient conduit Tennessee Williams au succès. L’alcool, la drogue, les dépressions le poussèrent, cette année-là, à suivre une psychothérapie, vite abandonnée, mais qui a pu lui inspirer le personnage du docteur Cukrowicz et il resta toujours proche de sa sœur Rose, internée comme Catherine, et même lobotomisée. Un an plus tard, la pièce était adaptée au cinéma par Joseph L. Mankiewicz et Tennessee Williams avec Katharine Hepburn, Elizabeth Taylor, Montgomery Clift. L’écrivain cria à la trahison évoquant trop de simplicité et une fin sans mystère.

Stéphane Braunschweig réussit, une fois de plus, une mise en scène tout en subtilité qui aurait sans doute plu à l’auteur. La scénographie élégante n’est pas seulement esthétique : un jardin foisonnant et onirique comme ceux du Douanier Rousseau, mais elle correspond à la volonté de faire éclater le huis clos vers une nature chaotique, une jungle inextricable à l’image des relations entre les personnages et vers un ailleurs inaccessible, autrement que par le fantasme. Ce désordre est maîtrisé par une construction rigoureuse que la mise en scène ordonne autour du personnage central, l’absent, le poète assassin assassiné.

Stéphane Braunschweig reste fidèle aux comédiens qui le suivent dans ses pérégrinations, de Strasbourg à la Colline et maintenant à l’Odéon et ceux qu’il a choisis sont excellents : Jean-Baptiste Anoumon, le docteur, mêle la bienveillance et l’équivoque, Luce Mouchel manifeste au premier degré une méchanceté perverse et l’on a aimé le jeu en tension de Marie Rémond, remarquable dans le fameux récit qui clôt la pièce et l’ouvre vers de nouveaux chaos.

LPA 23 Mar. 2017, n° 125e3, p.23

Référence : LPA 23 Mar. 2017, n° 125e3, p.23

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