Sur les ailes du chant

Publié le 01/07/2021

Classics

Le point de départ du récital de mélodies anglaises de la soprano Jodie Devos est Britten et ses 5 songs On This Island op. 11. Composé en 1937 sur de poèmes de W. H. Auden, ce cycle marque les premiers fruits d’une longue collaboration artistique entre le poète d’avant garde et le musicien engagé. L’œuvre s’accommode de l’austérité des textes et en fait ressortir toute l’intensité par une écriture vocale serrée et une partie pianistique très élaborée. Jodie Devos et le pianiste Nicolas Krüger entourent cette œuvre de quelques autres de compositeurs britanniques qui, eux aussi, se sont livrés au genre délicat du song. Ainsi de Frank Bridge, le maître de Britten, de Waughan Williams, d’Ivor Gurney (Five Elisabethan Songs) ou de William Walton (Three songs from Façade). Mais aussi des mélodies anglaises de compositeurs français. Ainsi de Darius Milhaud et de ses Two Love songs où se distinguent la fluidité de la partie pianistique et le caractère évanescent de la ligne vocale.

Jodie Devos a souhaité associer à ce récital des mélodies de musiciens de son pays natal, la Belgique. Ainsi de la peu connue et originale Irene Poldowski, auteure de nombreuses pièces où l’on perçoit l’influence des maîtres français du genre comme Fauré et Debussy. Mais aussi du contemporain Patrick Leterme (1981) dont elle créé les Two Poems by Oscar Wilde empreints d’une écriture pianistique foisonnante et d’une partie vocale très exigeante ; ce qui tranche avec l’intimisme du reste du programme. Elle termine par un clin d’œil, bien dans l’esprit d’une artiste qui refuse de s’enfermer dans un style ou une catégorie, avec une pièce de Freddie Mercury. Elle est ici chez elle tout autant que dans une héroïne d’opéra ou un song de Britten. Le partnership avec Nicolas Krüger fonctionne à la perfection car celui-ci dispense un pianisme fluide et habité.

C’est un CD plein de senteurs que proposent la soprano Melody Louledjian et le pianiste Antoine Palloc. Rien d’étonnant puisqu’il déroule un florilège de compositions musicales sur le thème des fleurs, imaginées par quelques musiciens inventifs durant les années folles. Au premier chef, Jean Wiener, qui s’inscrit dans la prose aussi piquante que poétique de Robert Desnos. Découvrant son recueil « Chantefables et Chantefleurs » et séduit par sa prose incisive, il la met en musique sous le titre de Les Chantefleurs. Ses 50 numéros sont autant de vignettes d’une redoutable brièveté où la fantaisie musicale se cale dans le mordant du texte, qui effeuille une fleur, voire plusieurs à la fois, ou fait coexister plante et animal. L’entreprise dépasse le catalogue par l’ingéniosité avec laquelle Wiener fait se succéder ses mélodies, évitant toute monotonie. Ce joli foisonnement, la musique l’épouse idéalement par une partie de piano d’une écriture exempte de virtuosité et un chant doté d’une multitude de nuances.

Le parcours botanique appelle aussi Darius Milhaud, ami de Wiener, qui avant lui avait composé, en 1920, son Catalogue de fleurs sur des textes de Lucien Daudet. Il y cultive la petite forme avec esprit, en moins caustique que ne le fera Wiener. En remontant le temps, Erik Satie écrit en 1886 ses Trois autres mélodies dont l’une d’elles, « Les Fleurs », offre un chant simplement balancé. Lili Boulanger livre un recueil de 13 mélodies intitulé : Clairières dans le ciel, dont est extraite la pièce « Deux Ancolies ». Et Arthur Honegger compose en 1917 : Nature morte. Le CD se clôt sur une mélodie de René de Buxeuil, L’Âme des roses, qui s’inscrit dans l’atmosphère charmeuse du caf’conc. Melody Louledjian distille avec esprit toute la séduction de ces morceaux subtils. L’art de conter, la justesse de ton dans les jeux de mots sont un enchantement de tous les instants. Le pianiste Antoine Palloc sait que ces pièces méritent plus qu’une réplique, une science du rythme comme de l’extrême nuance.

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