Un bureau aux masques de satyres

Publié le 18/12/2023

Galerie Steinitz

Pour travailler, du moins pour ceux qui règlent des dossiers, remplissent des formulaires administratifs, rédigent des rapports et même des articles, il est nécessaire de posséder une table. Celle-ci prend toutes les formes, depuis la planche posée sur des tréteaux, jusqu’au « bureau » agrémenté de tiroirs, en passant par la table de bridge, jusqu’au meuble élégant et racé façonné dans les bois précieux et orné de bronzes aux motifs choisis. Le rêve est de poser ses feuilles sur un cuir en maroquin, de saisir un stylo et laisser tout le reste de l’espace sans aucun autre objet, sinon une pendule. Un rêve inaccessible, tellement un plateau de bureau attire irrésistiblement les piles des feuilles, les cartons des dossiers, les livres, les cadres, les porte-crayons, sans oublier le clavier et l’écran d’un ordinateur, et tout autre objet nécessaire au bon fonctionnement des tâches à accomplir.

Lorsque l’on contemplait le bureau plat aux « masques de satyres » exécuté au début du XVIIIsiècle, vers 1710, par André-Charles Boulle (1642-1732), présenté par la galerie Steinitz à la FAB, qui s’est tenu en novembre au Grand Palais éphémère, on pensait avoir concrétisé le « rêve inaccessible » du bureau nu dans toute sa beauté. Celui-ci se singularise par la force de son dessin, la maîtrise de ses galbes, la forme convexe de ses façades principales, son tiroir central rectiligne en avant-corps, et l’abondance de ses ornements de bronze où dominent au centre de la ceinture la figure d’Héraclite et les masques de satyres disposés aux quatre angles du bureau », explique avec enthousiasme le galeriste qui rappelle que ces motifs sont la caractéristique de l’œuvre de Boulle. Il les dessinait lui-même et les bronzes étaient fondus directement dans son atelier. Ils avaient la double fonction de protéger le meuble et de le décorer.

Charles-André Boulle fut nommé ébéniste, sculpteur et ciseleur du roi en 1672. Cet « ébéniste par excellence » incarne, encore aujourd’hui, ce que l’on a fait de mieux durant le Grand siècle. Inégalé sous le règne de Louis XIV, on ne sait pourtant pas grand-chose de Charles Boulle (1642-1732), sinon qu’il était probablement fils d’ébéniste. Reçu maître en 1665, il intégra la Manufacture des Gobelins en qualité de décorateur et sculpteur sur bois. Son atelier comptait trente-six artisans, plus ses quatre fils, Jean-Philippe (1680 1744), Pierre-Benoît (1683-1741), André-Charles II (1685-1745) et Charles-Joseph (1688-1745). Il avait ouvert, en 1664, un premier atelier à proximité de Saint-Germain-des-Prés qu’il conserva jusqu’en 1676, puis on le retrouva dans les galeries du Louvre. Sa clientèle dépassait largement le cadre de la Couronne. On doit y ajouter le Grand Condé, le roi d’Espagne, les électeurs de Bavière et de Cologne, les ducs de Lorraine et de Savoie, et toute une clientèle privée et fortunée. Son goût immodéré pour les œuvres d’art lui coûta sa fortune et mit en péril son atelier, sauvé de la faillite par l’intervention personnelle du roi.

Galerie Steinitz, 6 rue Royale, 75008

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