Un Corbeau d’Allan Poe découvert

Publié le 07/12/2022

Cette illustration, exécutée par Ricardo Richon Brunet pour Le Corbeau d’Allan Poe, était présentée lors de la Fine Arts Paris & La Biennale

Galerie Chaptal

« Avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours… ». Nous avons tenu entre nos mains, sur le stand de la galerie Chaptal, lors de la Fine Arts Paris & La Biennale, un petit volume dans une reliure en percaline noire. Ce dernier, un carnet de croquis, contient calligraphié sur un papier glacé le texte du poème Le Corbeau d’Edgar Allan Poe, dans la traduction de Charles Baudelaire, enrichi de quatre dessins à l’encre et lavis par Ricardo Richon Brunet (1866-1946). Ce carnet (18,5 x 13 cm), dont seul le conte occupe quelques pages, laissant les autres blanches, est dédié à Laure Lacombe (1834-1924), une artiste-peintre, auprès de laquelle Richon Brunet apprit le dessin avant d’intégrer l’École des Beaux-Arts dans les ateliers de Jean-Léon Gérôme, Henri Gervex et Ferdinand Humbert, avant de bénéficier des conseils de Jean-Louis Meissonnier et de Pierre Puvis de Chavannes. Il poursuivit sa formation à Séville, en 1896, grâce à une bourse puis s’installa à partir de 1900 à Santiago au Chili, où il devint directeur de l’École des Beaux-Arts.

Ce petit volume, découvrant une illustration inconnue du poème d’Edgar Allan Poe, nous rappelle naturellement un autre Corbeau qui n’est pas tout à fait le même (et en même temps est le même), traduit cette fois par Stéphane Mallarmé. Cette traduction est intervenue après celle de Baudelaire, mais a connu une plus grande renommée grâce à l’illustration d’Édouard Manet. Un exemplaire de cette version du Corbeau, tirée à 250 exemplaires sur Hollande, relié en maroquin et daim bleu, la couverture illustrée du corbeau, tirée sur parchemin, exceptionnellement signée à la plume par Manet, a été adjugé 25 000 € à Drouot, le 26 novembre 2021 par la maison Ferri & Associés.

Cette publication, comme celle de l’année précédente du Fleuve de Charles Cros, également illustrée par Manet, devait, selon le prospectus de lancement de l’ouvrage, « rester une des curiosités artistiques du temps ». Elle l’est toujours. Les huit eaux-fortes tirées sur Hollande, in-texte, se marient avec la typographie dans des formats à chaque fois différents. « Pour une fois coexistent deux arts sans confusion possible entre les pouvoirs de la peinture et ceux du poème », notait François Chapon dans Le peintre et le livre (Flammarion, 1987). Cros, Mallarmé et Manet sont considérés comme les précurseurs du livre illustré moderne. Écrivains et peintres collaboreront désormais étroitement dans un projet unique. L’illustration de Manet a joué deux rôles : créer l’un des premiers livres d’artiste et donner tout son éclat au poème de Poe. L’exercice de Richon Brunet, un unica, exécuté en guise de remerciement, comme une « lettre de château » en somme, s’inscrit dans la ligne décrite par François Chapon.

Galerie Chaptal, 7 Rue Chaptal, 75009 Paris

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