Un goûter en Pologne (2/2)

Publié le 03/01/2024

La si ancienne aïeule sourit à Victoria et lui tend les bras

BGF

Le son des grelots a averti les habitants de la maison. Le traîneau longe un bosquet de bouleaux, tourne autour d’une pelouse blanchie par la neige et vient s’immobiliser devant une porte peinte en blanc qui lui semble familière. Celle-ci s’ouvre sur sa si ancienne aïeule, qui lui sourit et lui tend les bras : « Je t’attendais ma petite Victoria, entre vite te réchauffer au coin du feu. » L’enfant la regarde et lui dit qu’elle est encore plus belle que sur le portrait, comme sa grand-mère. Quoiqu’un peu étonnée par la réflexion de la petite fille, Élisabeth conduit sa visiteuse dans un salon orné d’un gigantesque sapin chargé de guirlandes et de fruits, de confiseries et de petits paquets. D’autres enfants sont installés autour d’une table chargée de tasses d’où s’échappe un parfum de chocolats. « Tu dois avoir faim, tu as fait une longue route depuis Varsovie. »

– « Qui sont ces enfants ? », demande Victoria qui ne comprend pas ce qu’ils disent

– « Comment, tu ne les reconnais pas, ce sont Robert-François et Gabriel, mes fils. Tu apprendras à les connaître… »

Et Victoria se retrouve à jouer, à rire avec ces garçons et ces petites filles, comme elles, mais encore plus blondes. Elles se nomment Danuta, Emilia, Aniela. Ils se précipitent vers une malle remplie de vêtements et de costumes.

-« Nous allons faire une crèche, dit Paul, un autre garçon qui aime commander. Toi Victoria, tu seras un berger.

– Ah, non, réplique-t-elle. Je veux bien être une bergère mais pas un berger ! »

Le garçon sourit et acquiesce, comprenant que sa nouvelle petite amie ne se laissera pas faire, puis continue à distribuer les rôles de la crèche vivante.

La grand-mère du portrait leur distribue des gâteaux à la graine de pavot et une compote de fruits secs. Des adultes pénètrent dans la pièce en entonnant un chant de Noël. L’un d’eux est en uniforme militaire. Il lui semble le reconnaître, il a l’air de l’Oncle Édouard, mais en plus jeune. Dehors, les bougies installées sur le rebord des fenêtres tremblent mais résistent aux flocons qui les assaillent. Victoria se sent un peu nostalgique, elle aimerait bien retrouver sa sœur Philippine et son frère Raphaël, son cousin Armel et les autres, Côme, Léandre et Aliénor. Elle entend alors les grelots du traîneau. Vite, vite, elle s’éclipse et s’installe dans la caisse de celui-ci, s’emmitoufle sous une couverture, tandis que le cocher fait claquer son fouet. Le vent à nouveau gifle son visage, les bouleaux s’effacent peu à peu confondus dans le paysage enneigé.

-« D’où viens-tu ? », entend Victoria qui ouvre les yeux. « Tu es couverte de neige, comment as-tu fait ? » Vous connaissez l’air malicieux de Victoria lorsqu’elle ne souhaite pas répondre. Elle voit Grand-Mère qui sait tout et lui fait un sourire complice, puis lève la tête vers le portrait. La « Polonaise » vient-elle réellement de lui faire un clin d’œil ? (Fin)

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