Un gueux picaresque

Publié le 12/10/2022 - mis à jour le 12/10/2022 à 10H29

Cette édition, dans la traduction de Gabriel Brémond, illustrée par 16 planches, était présentée à 25 000 € au Salon du Livre rare

Librairie Clavreuil

Ils sont nés la même année, en 1547, l’un à Séville, l’autre à Alcalá de Henares ; mais, semble-t-il, ne se sont jamais rencontrés, si ce n’est dans leurs livres. On considère que Mateo Alemán et Miguel de Cervantès, tous deux auteurs de romans picaresques, sont les inventeurs du roman moderne. Soit ! La première partie de L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche a été publiée en 1605, celle du Gueux ou la Vie de Guzman d’Alfarache, en 1599. Nous connaissons la renommée de Don Quichotte, qui demeure dans notre inconscient culturel. « Guzmán de Alfarache » nous est en revanche moins familier. Les pérégrinations de ce jeune pícaro qui le conduisent à adopter le point de vue autobiographique du protagoniste une fois arrivé à l’âge mûr, remportèrent à l’époque un immense succès. À telle enseigne que des dizaines de nouvelles sortirent au XVIIe siècle. Comme pour Don Quichotte, des auteurs composèrent une suite apocryphe : Segunda parte del Guzmán de Alfarache de Juan Martí fut publiée avant la seconde partie d’Alemán (1633), sous le pseudonyme de Mateo Luján de Sayavedra. On compte encore des imitations comme El guitón Onofre (1604) de Gregorio González.

Très tôt, on compta des traductions en allemand, anglais, italien, latin, et naturellement en français. Un exemplaire de la traduction par Gabriel Brémond, La Vie de Guzman d’Alfarache (orné d’un frontispice gravé, relié par Luc-Antoine Boyet en maroquin citron, au triple filet doré en encadrement des plats, écusson central, le dos à nerfs, les caissons ornés, roulette intérieure, doublure et gardes de papier « tourniquet », les tranches dorées sur marbrure), était présenté par la librairie Clavreuil, affiché 25 000 €, lors du Salon du Livre rare au Grand Palais Éphémère, qui vient de fermer ses portes.

L’écusson central sur le premier plat de cette reliure orné aux petits fers porte la date de « Janvier 1696 » et l’indication : « Luc-Antoine Boyet pour un amateur du Groupe des Curieux Parisiens ». Selon Isabelle de Conihout et Pascal Ract-Madoux, ce groupe très confidentiel aurait été composé de quatre membres, dont le grand bibliophile et bailli, Jean Evangéliste de La Vieuville (1659-1714), ambassadeur de l’ordre de Malte en France, entre 1712 et 1714. Sa mission fut de courte durée mais, « il y fit tout fort noblement », a dit Saint-Simon.

Il y eut, d’après le bibliographe Brunet, quatre traductions françaises. Outre celle de Brémond (1696), il cite celle de Gabriel Chappuis (1600), puis de J. Chapelin (1632), et enfin de Le Sage (1732). « Cette même traduction, dit encore Brunet, déjà fort élaguée, a de nouveau été abrégée par Pons Augustin Alletz (1703-1785), dans l’édition de 1777 (2 vol. in-12), intitulée : Les Aventures Plaisantes de Gusman d’Alfarache.

À bon entendeur…

• Librairie Clavreuil, 19 rue de Tournon, 75006 Paris

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