Un noir plein de lumière

Publié le 07/11/2019

Stock

Il y a des artistes dont le talent nous échappent parfois, dont l’œuvre nous touche peu. On connaît ou on reconnaît leurs œuvres, mais on passe à côté, trop de choses ont déjà été dites. Une sensibilité qui n’est pas la nôtre, voire même une ignorance, et puis d’un seul coup, tout s’éclaire, un déclic survient, et là tout est mis en perspective et tout devient évident… il nous manquait juste les clés.

Tout a été dit, raconté, filmé concernant la vie et l’œuvre de Frida Khalo. Pourtant, selon nous, aucune œuvre n’a su retranscrire la passion qui animait cette artiste, jusqu’au roman de Claire Berest, paru aux éditions Stock, Rien n’est noir.

En effet, jusqu’à présent, cette artiste nous semblait éloignée, théâtrale dans sa démarche, incomprise peut-être, mais surtout pleine de folklores, entre ses tenues et les thèmes abordés dans ses toiles.

Or à la lecture du roman de Claire Berest, tout s’illumine de couleurs vives à l’image de celles qu’affectionnait cette femme libre. D’un destin qui aurait pu être si tragique, elle a su donner de la lumière au noir de la tragédie d’une vie.

Claire Berest raconte la passion, l’amour qui a tant gouverné la vie de Frida Khalo. Dans ce court roman, on suit le destin de Frida, de son accident dans un bus qui la marquera à vie jusqu’à 47 ans, amputée d’une jambe, morte d’une embolie pulmonaire ou d’un excès de médicaments, le doute subsiste…

À travers ce destin si bref Claire Berest raconte la passion d’une femme pour une « grenouille », un « ogre », Diego Rivera, plus grand peintre mexicain de son temps, avec qui elle se mariera deux fois.

Claire Berest sait retranscrire la passion de la femme et surtout la vision de l’artiste, qui avait tant de convictions et qui sentait et ressentait tellement les choses de la vie.

On appréhende ainsi sa vision de l’Amérique, de ses riches mécènes et de ses cocktails où il faut être vu, son ressenti face aux Surréalistes et notamment André Breton, qu’elle n’aimait pas autant que sa femme, Jacqueline ; une femme de conviction aussi pour qui la politique et le communisme était sacré, sa rencontre intime avec Léon Trotski, mais aussi ses problèmes médicaux, ses fausses couches, ses séquelles de l’accident, ses amours saphiques…

Une vie sombre, faite de drames, mais dont elle a su s’élever et en faire un chatoiement de couleurs.

Une vraie artiste engagée dans tous les sens du terme. Ce petit bout de femme handicapée par la vie a su, grâce à son génie et sa force de caractère, briser les tabous et les chaînes qui auraient pu la contraindre à n’être que la femme de Diego Rivera, mais en se libérant de sa condition de femme blessée, elle a pu s’élever et devenir l’artiste tant reconnue aujourd’hui.

Claire Berest a sélectionné certains passages marquants de la vie de l’artiste et les a retranscrits dans des aplats de couleurs variés. Son travail est documenté grâce aux notes et carnets laissés par les principaux instigateurs, le tout est d’une poésie, d’une frénésie, d’une envie de vivre et de s’aimer tellement intense, que l’on n’a qu’une envie, foncer voir ou revoir le travail de Frida Khalo, qui, désormais, ne sera plus jamais une artiste parmi tant d’autres…

À lire également

Référence : LPA 07 Nov. 2019, n° 149b7, p.16

Plan