Un trésor dans une valise

Publié le 13/05/2024

Frederick Stevens Rockwell, « Britta Hockauff et la Comtesse de la Falaise, vêtues en velours de coton bleu pâle et vert profond par Chanel », est estimée 800/1 000 €

Arp

Les valises oubliées dans un placard ou un grenier ne recèlent pas toujours un trésor comme on en rêverait… Mais les miracles ont parfois lieu et l’on reste abasourdi ! C’est ce qui est arrivé à la petite fille de Frederick Stevens Rockwell. Elle a découvert 150 épreuves soigneusement tirées sur papier fort, consacrées à la mode durant les années 1930. Ce photographe qui serait né en 1903, a épousé en 1925 Grace Corson, grande pionnière américaine de la mode, et a vécu le tourbillon des années folles dans une petite villa de Montmartre, la villa Léandre, dans le virage de l’Avenue Junot. Rockwell fut très connu en son temps. Il a fait la une de Time Magazine avec un portrait d’Elsa Schiaparelli en 1934. Il a publié des photographies dans des revues anglaises telles que The Sketch ou The Sphere. Il a réalisé la première campagne publicitaire pour Coca-Cola lors de l’installation de la compagnie à Paris, en 1931. Puis a complètement disparu, au moment de la crise de 1934. Il était retourné aux États-Unis, pourtant en pleine dépression, « ne laissant rien derrière lui, si ce n’est une petite valise contenant ces tirages. Il parlait rarement de son passé parisien et a reconstruit une famille et une vie professionnelle aux États-Unis », rapporte l’expert, Serge Plantureux.

En réalité, Rockwell a dû renoncer pour des raisons financières à utiliser les papiers de luxe pour ses tirages et, surtout, il a divorcé de Grace Corson ; si cette dernière ne se remaria pas, Frederick Stevens Rockwell épousa une certaine Marjorie Snow Sanborn et mena une vie professionnelle totalement différente dans une petite ville de l’Ohio. Il n’a plus jamais parlé de son aventure parisienne. Où était conservée la valise, dans cet État, ou chez Grace Corson, à Martha’s Vineyard ?

Toujours est-il que cette collection surgie du passé sera dispersée à Paris, le 25 juin 2024 par Art Resarch, Pierre Born étant au marteau, assisté par Serge Plantureux. Outre quelques vues de Paris, ce sont essentiellement des représentations de la mode et de ses créateurs qui figurent sur ces clichés. Leurs noms resurgissent dans notre mémoire et font revivre une période riche d’élégance d’un monde qui dansait, en l’ignorant, sur un volcan. Deux photographies d’une robe du soir avec ou sans cape, par Maggy Rouff (épreuves sur papier fin, légendes tapuscrites en rouge, tampon simple, 22.5 x 13 cm) sont estimées ensemble 400/600 €. « La métamorphose de cet effet avec ou sans cape est impressionnante », constate l’expert. Les productions de Rochas, Augusta Bernard, Worth (dont on peut acquérir un portrait pour 200/300 €), Marie-Louise Bruyère, Edward Molyneux, Schiaparelli, Maria Guys et ses chapeaux ou Corinne Griffith défilent parmi quelques élégantes anonymes ou célébrités, comme la duchesse de Nemours, jouant au golf, l’actrice polonaise Pola Negri ou la comtesse de la Falaise portant une robe de velours de coton rose géranium de Chanel (deux épreuves montées sur carton, 21,5 x 9,5 cm et 21,5 x 8 cm), estimé 800/1 000 €. Cette image a été publiée dans The Sketck du l5 octobre 1932.

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