Un trop sage crocodile

Publié le 26/09/2022 - mis à jour le 26/09/2022 à 10H15

Cet Alligator, œuvre du sculpteur animalier Sirio Tofanari, a été présenté lors de la Brafa

Galerie Xavier Eeckhout

Dressons l’oreille… Quel est ce bruit : tick tock croc ? Les amis de Peter Pan, le héros du roman de J. M. Barrie paru en 1911, savent l’identifier. C’est celui que fait le crocodile après avoir avalé une pendule. Ce tic-tac, tic-tac ne lui rend pas service, car, désormais, il signale son approche, alors qu’il cherche depuis des lustres à rattraper le Capitaine Crochet, dont il a déjà mangé une main, afin de croquer l’autre et ainsi achever son repas. En réalité, Barrie n’a pas nourri son crocodile d’un réveil. Ce sont les studios Disney qui en ont eu l’idée, ainsi que le surnom qu’ils lui ont donné. Mais les contes ont l’habitude d’être sans cesse transformés pour le plaisir ou le regret des amateurs.

Les crocodiles sont pourtant parmi nous. Il y a quelques semaines, lors de la Brafa à Bruxelles, l’un de ces sauriens, gisait immobile mais la gueule grande ouverte, à l’orée du stand de la galerie Xavier Eeckhout. Nous ne pouvions que faire un écart devant l’animal de bronze. Cet Alligator a été réalisé en 1940 par le sculpteur animalier, Sirio Tofanari (1886-1969) et est une variante des crocodiles de la fontaine des termes de Tettuccio en Toscane qui, eux, ont la gueule fermée. Cet établissement se situe dans la ville de Montecatini Terme en Toscane, dans la province de Pistoia, la région natale de l’artiste. Les premiers bains auraient été établis au cours de la première moitié du XVIe siècle afin de recevoir les eaux thermales déjà connues dans la région. « Ils ont pour noms mediceo ou tondo et dei merli ou della rogna et sont décrits dans son traité : De balneorum Italiae proprietatibus ac virtutibus par Ugolino da Montecatini, fondateur de l’hydrologie qui, selon Alessandro Bicchierai, situe leur édification première en 1370 », expliquent les dictionnaires.

Les crocodiles n’avaient pas droit de cité à l’époque ; ils sont apparus en 1926, après que Tofanari a reçu la commande d’une fontaine au centre de la colonnade qui délimite la source d’eau. Les dits crocodiles, entourant le piédestal d’une vasque et l’eau qui s’en déverse, coule sans cesse sur les carapaces. Celles-ci semblent s’en bien porter. « Tofanari ne représente pas le crocodile comme un animal dangereux et menaçant », explique le galeriste qui cite la sculpture l’Abbraccio, une accolade entre un crocodile et un hippopotame. On connaît encore une autre composition représentant un crocodile échappant aux griffes d’une panthère.

L’œuvre de Sirio Tofanari est presque exclusivement consacrée aux animaux, notamment les singes et les gazelles. Ces derniers sont, pour leur plus grande part, représentés dans les moments de tranquillité avec leurs petits. On a prétendu qu’il était un autodidacte ; c’est passer sous silence ses passages à l’Académie des Beaux-Arts à Florence, à Paris et à Londres, où il observa les animaux dans les zoos. Aujourd’hui, Tofanari est reconnu avec Rembrandt et Bugatti comme l’un des principaux sculpteurs d’art animalier en Italie.

• Galerie Xavier Eeckhout, 8 bis rue Jacques Callot, 75006 Paris

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