Une aisance en argent massif

Publié le 19/12/2022

Ce « pot de chambre » en argent, sorti de l’atelier d’un orfèvre au XVIIIe siècle, a été adjugé 1 400 €

Fraysse & Associés

Le pot de chambre était, il n’y a pas si longtemps, désigné sous le terme de « vase de nuit », quand même plus élégant que « pot » ! Il n’est pas fréquent que les catalogues de ventes proposent ce genre d’ustensile. Le luxe anoblissant les objets les plus courants, certains passent ainsi à travers une faible censure. Un pot de chambre en argent 1er titre, reposant sur une bâte, qualifié « d’important », on ne saisit pas très bien pourquoi, a été adjugé 1 400 €, à Drouot, le 24 novembre 2022 par la maison Fraysse & Associés, Christophe du Réau étant au marteau assisté par Sancy Expertise. Ce vase uni est renflé dans la partie inférieure, la partie supérieure étant à rebord débordant. L’anse, en console, est ornée de feuilles d’acanthe. Il est sorti de l’atelier de l’orfèvre Jean-Baptiste-Simon Lefranc, son poinçon insculpé en 1798-1799. On note un petit choc sur la panse.

« La première apparition du pot de chambre remonterait au XIe siècle », précise un dictionnaire. Cependant, l’objet est certainement bien plus ancien puisque, parmi les graffitis les plus convenables trouvés sur les murs de Pompéi, on en trouve une mention. L’auteur de ce dictionnaire précise encore qu’« Avant la Révolution, on appelait aussi pot de chambre un carrosse qui conduisait à la cour de Versailles ». Nous n’avons pas, au premier abord, trouvé trace de ce véhicule au nom aussi avenant ! Nous avons découvert sa définition grâce à Louis-Sébastien Mercier, dans son ouvrage L’An Deux Mille Quatre cent quarante, sous-titré Rêve s’il en fut jamais (Londres, 1772, in-12). Cette adresse londonienne est naturellement fausse, mais il convenait d’échapper à la censure. Cet ouvrage a été plusieurs fois réédité et même illustré. Un exemplaire de la deuxième édition daté de 1775, a été adjugé 191 €, à Drouot, le 15 novembre 2019 par la maison Tessier & Sarrou et Associés.

L’An Deux Mille Quatre cent quarante est un roman d’anticipation, sans doute le premier du genre a avoir été composé. Écrit à la veille de la Révolution, il est un véritable brûlot contre le pouvoir royal. Au chapitre 43, Oraison funèbre d’un paysan, le narrateur, « curieux de voir ce qu’étoit devenu ce Versailles, où [il avait] vu d’un côté la splendeur », précise avec une certaine ironie qu’il est « porté dans une voiture, laquelle n’était pas un pot-de-chambre ». Ces carrosses-là conduisaient effectivement à la cour, non pas les Grands, mais les gens du peuple, valets, nombreux dans Versailles, ouvriers, journaliers, etc. En ce sens, ils voituraient en effet ce que la société considérait comme ce qu’il y avait de « plus vil en France »…

Si les gravures du temps ne montrent pas ces petits carrosses, elles n’ont pas négligé les chaises percées qui abondaient à Versailles, notamment celles de Louis XIV. On sait d’ailleurs à ce sujet que le palais devait être régulièrement nettoyé, car les courtisans ne prenaient pas la peine de courir aux cabinets qui n’existaient pas, ou de faire un signe aux valets porteurs de sceaux d’aisance.

Fraysse & Associés, 16 rue de la Banque, 75002 Paris

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