Une archéologie sentimentale

Publié le 18/10/2021 - mis à jour le 18/10/2021 à 10H49

Cette œuvre de Boltanski, Les Ombres, imaginé en 1988, a trouvé preneur à 15 600 €.

Piasa

Dans un collège, il y a un bon nombre d’années, des élèves de classe de philosophie avaient composé des figures à partir de papiers découpés. Ils s’inspiraient en cela des surréalistes. André Breton (1896-1966) était leur maître. Du moins le pensaient-ils, méconnaissant encore les fondements du tournant de la création artistique dont il n’était pas l’instigateur. Ces étudiants auraient dû se tourner davantage vers Marcel Duchamp (1887-1968) que Breton, justement, qualifié « d’homme le plus intelligent du siècle ». On a beaucoup glosé sur l’expression artistique de Duchamp, ses inventions et ses ready-made, comme « la roue de bicyclette sur un tabouret ». Ses installations plastiques hermétiques, ses détournements d’objets – la Fontaine, en réalité une pissotière renversée – ont permis à ses suiveurs de casser la conception académique de l’art. Un portrait photographique de Marcel Duchamp, exécuté en 1968 par John D. (PH) Schiff, a été adjugé 2 080 €, par la maison de ventes Piasa, le 23 septembre dernier, lors d’une vacation intitulée : « Archéologie sentimentale d’A.M ».

Ces initiales doivent correspondre à celles d’un collectionneur. Celui-ci, selon les quelques explications de la maison de ventes, s’est intéressé à l’éclectisme d’œuvres où « l’émergence française côtoyait des artistes historiques et patrimoniaux ». Cela ne signifie pas grand-chose, sinon que pour les amateurs d’art contemporain, les quelque 150 œuvres figurant au catalogue mélangent autant celles d’artistes qui ont réussi à passer la barrière de l’anonymat comme nous venons de le souligner Marcel Duchamp et encore Louise Bourgeois (1911-2010) et Christian Boltanski (1944-2021). Du premier, un des 300 exemplaires de La Mariée mise à nu par ses célibataires même, dans son emboitage cartonné recouvert de suédine verte, titré au premier plat comprenant 93 fac-similés sur papier, a été vendu 26 000 €. Cet exemplaire est signé et numéroté d’une manière illisible au crayon à l’intérieur de l’emboîtage. De la seconde, Choker, un exemplaire de l’édition à 39 exemplaires réalisée par le studio Chus Burés, dans son coffret d’origine, a trouvé preneur à 26 000 €. Ce collier en argent massif a été acquis directement auprès du studio Chus Burés. Du troisième, Les Ombres, lampe de poche, fils de fer, ficelle et figurine en liège, imaginé en 1988, est monté jusqu’à 15 600 €.

Nous chercherions en vain, dans cette collection, ce qui constitue une « archéologie sentimentale ». Les jeunes philosophes d’un autre temps pourraient partir à la recherche de leurs compositions de potache, et les redécouvrir sous des accumulations de feuilles de papier. Leur mise au jour créerait un sentiment, à l’instar du Polaroid réalisé en 1964, par Robert Mapplethorpe (1946-1989). Cette pièce unique, qui représente peut-être un oreiller volant, a été vendue 8 450 €.

Maison de ventes Piasa, 118 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

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