Une plongée dans la foi

Publié le 11/07/2017

Des âmes simples de Pierre Adrian.

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Une cerise pour couper le jeûne

La première nouvelle de ce livre lui a donné son titre. Elle nous plonge dans la période du ramadan que veut observer un gamin pour séduire sa cousine. Il n’est pas sûr qu’il réussisse. Une autre nouvelle nous fait vivre la fête chiite de l’Achoura, qui célèbre le martyre de l’Imam Hossein. Le narrateur, qui est le plus souvent un enfant, nous fait entrer dans le quotidien de sa société, de son monde quotidien : le quartier d‘une petite ville de province de la République islamique d’Iran. Les nouvelles sont sans complexe, directes, parfois féroces. L’enfant/narrateur nous parle des adultes qu’il côtoie, des enfants et de ses copains d’école, avec une réelle franchise qui est encore plus ou moins libre et permise. Il nous décrit des personnages avec leurs facéties, leur tragédie ou leur comique, leurs rapports familiaux ou de voisinage. Dans cette société, les superstitions sont encore bien ancrées ainsi que les conditionnements religieux et sociétaux qui marquent les uns et les autres.

L’écriture des scènes est parfois très crue comme dans Une longue colonne de fourmis qui relate ce que se raconte un sniper avant d’atteindre sa cible d’une balle dans le crâne ou dans La lune brillait sur le cimetière qui parle du vol et de la profanation du cadavre d’un oncle incestueux. Malgré tout, dans ces récits, il y a de l’humour et de la dérision qui tentent de réduire la violence qui peut être à tous les coins de rue d’une façon ou d’une autre. Nous sommes emmenés à l’intérieur d’une société tendre ou féroce, très truculente, mais aussi inquiétante tant nous la ressentons soumise à divers codes et tabous. Telles sont encore certaines sociétés à travers le monde.

Des âmes simples

L’auteur, qui est né en 1991, nous emmène dans une vallée du Pays Basque. Dans un monastère où vit un homme de foi, le père Pierre, qui a choisi d’être au plus près de vies défaites. Il y accueille les histoires d’hommes en perdition. Pour lui, peu importe qu’ils soient croyant ou non. Jour et nuit, son téléphone sonne… il accourt car au fond de lui il croit qu’il peut sauver, qu’il doit sauver, guérir, apporter un peu de chaleur.

Mais ne nous trompons pas, ce n’est aucunement un récit mièvre. C’est comme un retour aux sources, une plongée dans un monde que l’on pourrait croire révolu. Pierre Adrian décrit les fonds et les tréfonds d’une société marginale. Il est à l’écoute des ténèbres et de la désespérance d’une époque. Son livre est profond et grave, son lieu est un territoire qui porte les failles existentielles et spirituelles de notre époque.

« Moi, j’imagine volontiers qu’il faudrait avoir tout vécu avant de connaître la vocation de Pierre. Mais la vocation, justement, est un appel qui ne surgit jamais quand on est prêt. Pierre n’a pas tout vécu. Au contraire. L’homme a trop de vices pour qu’un prêtre les connaisse tous. Il y a certains de mes faux pas auxquels Pierre ne saura jamais répondre. Il garde en lui cette innocence qu’on travestit trop souvent en naïveté. Elle m’éloigne de lui. C’est pourtant un luxe d’être passé à côté de certaines choses. La connaissance vaut aussi par l’expérience des actes manqués. Il faut avoir toute sa vie ignoré certaines faiblesse pour approcher la pureté. Mais je suis bien décidé à fouiller davantage, à ne pas lâcher Pierre en route ».

LPA 11 Juil. 2017, n° 128h3, p.24

Référence : LPA 11 Juil. 2017, n° 128h3, p.24

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