Une suspension d’armes

Publié le 25/08/2023

« Je ne suis pas expert et je ne veux point l’être. J’aime les vieilles choses pour le plaisir qu’elles me procurent, sans chercher à m’ériger en pontife de la curiosité », assurait Paul Eudel (1837-1912) dans son ouvrage intitulé Truc et truqueurs au sous-titre évocateur : « altérations, fraudes et contrefaçons dévoilées », dont nous avons retrouvé la dernière édition, celle de 1907. Nous reprenons sa publication, consacrée au faux en tout genre, en feuilleton de l’été.

merydolla/AdobeStock

« Le feu prit au bâtiment [de l’exposition] qui s’effondra. On ne retira de l’armure que des débris informes, aplatis, sans traces d’or ni de damasquinure, et la compagnie d’assurances les vendit pour quel­ques livres à Zerspit et à son associé à Londres. Plus tard, le marchand parisien, devenu seul propriétaire des glorieuses épaves, les fit restaurer. L’ouvrier redressa le plastron qui ressemblait au dos d’un cra­paud, boucha avec du plomb les trous de toutes les pièces criblées comme une écumoire et polit le tout à blanc. À la vente de la rue Villejuif, l’armure fut ache­tée par un Américain, et, après de nouvelles ré­parations, alla rejoindre sa compagne de truquage au Métropolitan Museum. Elle ne se compose que d’une cuirasse avec sa dossière et ses tassettes, d’un armet et d’une paire de gantelets. Que peuvent bien se conter ces deux nobles dé­bris ?

Amis lecteurs, disciples de sainte Barbe, protégés de la sainte Hermandad, grands passionnés de tout le harnais de joute, de parade ou de combat : bri­gandines guerrières, bourguignottes bosselées, bas­sinets luisants, cabassets repoussés, cerveliers légers, hauberts polis, heaumes étincelants, morions damas­quinés, pots en tête pesants, coudières éclatantes, gorgerins polis, gravières magnifiques, gantelets articulés, merlins tailladés, masses hérissées, solerets chevaleresques, colichemardes belliqueuses, fauchards désarçonneurs, hallebardes gravées, lances en quenouille, miséricordes ajourées, rapières à co­quilles, pertuisanes dorées, chanfreins ciselés, ron­daches asiatiques, éperons à large molette, arque­buses à rouet, mousquets historiques, arbalètes incrustées d’ivoire, à cric ou à tour, – j’en ai dit assez long pour vous éclairer sur la jacquerie des batteurs de plates modernes. Que la prudence vous ait en sa sainte et digne garde !

Afin de ne pas abuser du sujet, je réclame mainte­nant une suspension d’armes. Je réserve pour un autre chapitre les révélations qu’attendent les con­frères de la Sabretache et de la Giberne (La Sabretache, est une société des collectionneurs de figurines et des amis de l’histoire militaire et est consacrée à l’étude de l’histoire militaire. Cette société publie depuis 1893, Le Carnet de la Sabretache, revue d’histoire militaire et d’uniformologie. La revue La Giberne était un périodique mensuel consacré aux uniformes, qui a été publié de 1899 à 1914, sous la direction du spécialiste militaire Louis Fallou). » (À suivre)

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