Une vierge immaculée

Publié le 29/04/2024

De Baecque & Associés

Un simple regard sur cette statue de la Vierge Marie nous fait comprendre que nous sommes en face d’un chef-d’œuvre. Celui-ci est tout aussi inspirant pour celui qui est empreint de spiritualité. Cette figure de l’Immaculée conception, réalisée en ivoire dans le dernier quart du XVIIe siècle, à Naples, par Claude Beissonat, a été adjugée 170 000 €, à Drouot, le 29 mars 2024 par la maison De Baecque et aussitôt préemptée par le musée du Louvre. Signé « CLA.BEISSONAT.F.NEA » (pour Claudius Beissonat Fecit Neapolis), ce groupe repose sur une base hexagonale probablement en bois d’ébène et fragments de corne de bœuf domestique (bos torus domesticus), peints à l’imitation de l’écaille de tortue marine.

Cette Immaculée Conception, outre sa qualité de chef-d’œuvre – répétons – se distingue encore pour son matériau et ses dimensions hors normes. « Elle illustre le triomphe de cette doctrine religieuse dans l’Europe du XVIIsiècle bien avant sa formalisation en dogme par le pape Pie IX en 1854 », explique l’expert de la vente. Cette formalisation définie dans la constitution apostolique Ineffabilis Deus concrétisait la conception de Marie sans péché, apparue lors du Moyen Âge tardif. Par ce texte, le Saint-Père, renforçait l’apparition mariale en 1830 à Catherine Labouré dans la laquelle la Vierge se présentait comme « conçue sans péché ». Le succès de la Médaille miraculeuse n’est pas non plus étranger à ce dogme.

Claude Beissonat, do Claudio en Espagne, qui réalisa cet objet de dévotion, est encore peu connu. On sait qu’il était originaire de Franche-Comté et actif à Naples dans le dernier quart du XVIIsiècle. Grâce à des attributions successives depuis une vingtaine d’années, on en apprend davantage, non pas sur sa biographie, mais sur sa production. Déjà, le 2 décembre 2008, Sotheby’s lui attribuait un Christ en croix, qui fut adjugé 18 000 £ ; le 2 juillet 2013, un Maure portant un casque d’un groupe équestre, posé sur un socle en ébène (H : 23,5 cm), est monté jusqu’à 50 000 £. Il est vraisemblable que ce Maure a fait partie d’un groupe en ivoire représentant l’archiduc Ferdinand Karl d’Autriche (1628-1662), signé Beissonnat. Selon Margarita Estella Marcos, auteur d’une étude sur Les sculptures italiennes en ivoire en Espagne du XVIe au XVIIIe siècles avec des nouvelles sur Walter, Beissonat et Caffieri, « les bords effilochés stylisés de la draperie sont directement comparables à ceux observés sur les vêtements d’une figure en ivoire de saint Joseph signée par Beissonat et conservée au Musée archéologique de Madrid. » On lui attribue aussi une Vierge à l’enfant, une sculpture en ivoire, nacre, pierre calcaire et socle en marbre figurant la vierge entourée de putti sur un nuage (34 x 16 x 8 cm), qui a été adjugée 3 600 €, le 16 mars 2020, à Ucle, par Haynault ventes publiques. Enfin, le 26 mars 2024, la maison Thierry de Maigret adjugeait 5 500 €, une Vierge d’Assomption en ivoire (24 x 9,5 cm), dite de l’entourage de Dio Claudio Beissonnat.

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