Vogue la réale

Publié le 03/01/2022 - mis à jour le 03/01/2022 à 10H49

Élévation de la proue de la Réale par Jean-Benoît Hamon.

Jean-Benoît Hamon/Glénat

« Galère. Mot terrible pour désigner l’un des plus élégants navires jamais issus de l’ingéniosité humaine », constate l’amiral François Bellec, qui fut durant de nombreuses années le directeur du musée de la Marine. Ce mot « terrible » est passé dans le langage courant et est devenu synonyme de la moindre pénibilité. Elle est illustrée par la célèbre réplique de Géronte dans les Fourberies de Scapin de Molière : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ». Ce vaisseau à rames et voiles latines sur un, deux ou trois mâts – nommés arbres – à antennes sont directement issus de la trière grecque. On les a vues « sur toutes les eaux calmes, les grands fleuves et les archipels, dans les brumes de la Baltique comme sur les côtes d’Extrême-Orient. Depuis l’Antiquité, de la vallée du Nil aux rives de la Méditerranée, elle aura contribué à échanger les idées, biens et techniques et permis de développer le commerce », expliquent Jean-Benoît Héron et Jean-Yves Delitte, auteur d’un album superbe intitulé À bord des galères, abondement illustré par le second, aussi peintre officiel de la Marine.

Outre les galères de Malte, l’une des plus célèbres est La Réale, qui grâce à son ornementation fastueuse, devait afficher la puissance de la France de Louis XIV. Lancée en 1694, elle mesurait 57 mètres de long, 12 de large, pesait 280 tonnes et embarquait 5 canons en plus d’un équipage de 800 personnes. Elle était composée de 48 rames, deux gouvernails, deux arbres avec voiles triangulaires. Elle fut désarmée en 1720, près de 30 ans avant que le corps des galères ne fût supprimé. Ce bâtiment était tellement extraordinaire qu’il a fait l’objet de nombreuses reproductions. Le musée de la Marine conserve une vue de profil du bâtiment, d’époque ; nous connaissons les aquarelles d’Albert Sébille (1874-1953). Les plus probants sont naturellement les maquettes. L’une d’elles, montée vers 1930, a été adjugée 512 €, à Drouot, le 21 mai dernier par la maison Euvrard & Fabre. Ici, deux rames ont été accidentées. Une autre maquette de la Réale, en bois peint vernis (31 x 21 cm), datée des années 1950, a été présentée à la vente le 17 juin dernier à Drouot par la maison Binoche & Giquello, avec une estimation de 80/120 €.

Les ornements de la poupe – le carrosse – de la Réale ont miraculeusement été préservés des outrages de la mer et du temps, et sont conservés au musée de la Marine. Ces décorations devaient faire « éclater sur mer la magnificence de Sa Majesté ». La tradition est perpétuée grâce aux carrés Hermès représentant cette poupe et qui remportent toujours un succès auprès des élégantes. L’un de ces foulards « Vue du Carrosse de la Galère La Réale » à décor dans les tons kaki, bruns et or sur fond ivoire, la bordure beige (90 cm) dans sa boîte, a été vendu 120 €, à Saint-Cloud, le 13 juin dernier par la maison Le Floc’h.

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