Voyage pittoresque en Loire-Atlantique à Clisson

Publié le 26/07/2016

Vue d’ensemble du château de Clisson et ses alentours.

F. Leroy

À une demi-heure de Nantes, des ruines romantiques, un château-fort en surplomb, des résidences d’influence italienne, des halles médiévales, un proche vignoble : Clisson est une petite cité étonnante par sa diversité patrimoniale.

À fort juste titre, la vallée de Clisson et ses alentours sont un pays labellisé « pays d’art et d’histoire ».

Le château entre ruines romantiques et donjon médiéval

Une triple enceinte, une porte du XIIe siècle, une tour Saint Louis en mémoire du passage du roi en 1230, un donjon et des cuisines du XIVe siècle, des fortifications, des barbacanes et des prisons du XVe siècle : les restes du château sont majestueux. Mais ce qui impressionne et frappe le touriste au premier abord, c’est sa situation. Construit sur un promontoire rocheux, l’ensemble surplombe la Sèvre nantaise et la domine de ses remparts « mis les uns sur les autres, comme écorce sur écorce et cuirasse sur cuirasse », dira Flaubert en 1847. Assiégés pendant les guerres de Bretagne, ravagés lors de la révolution ; les vestiges de cette magistrale construction ne doivent leur salut qu’à François-Frédéric Lemot, qui la rachète en 1807. Le sculpteur s’emploie alors à sauvegarder le monument ; mais au lieu d’élever lui-même de fausses ruines dans le domaine, il exploite et magnifie ces ruines qui deviennent autant de perspectives d’un jardin paysager redessiné.

Une halle aux grains encore préservée

Centre névralgique du commerce et de la vie de la cité depuis le XVe siècle, les halles existent encore et toujours malgré une édification tout en bois, ce qui fait leur rareté.

Ce marché attribué au duc de Bretagne François II, père d’Anne de Bretagne, était censé amener le commerce en ville afin de la rendre prospère et d’accroître les revenus des seigneurs du lieu au moyen des droits perçus sur la vente des denrées. Cette halle remonterait aux origines de la ville vers le XIIe, XIIIe siècle et on peut admirer la très belle voûte, les soubassements et les imposantes billes de châtaignier (arbre dont on se sert pour ce type de construction extérieure car il éloigne les araignées).

Construite un peu comme une église avec nef et bas-côtés, la halle fait quelques 800 m2 et a subi quelques agrandissements au XIXe siècle. Si le feu a souvent pris sous les halles, il a toujours été rapidement contenu et éteint ; car elles fournissaient un lieu de campement aux troupes qui traversaient Clisson.

Le règne d’une certaine douceur italienne

L’histoire architecturale est réellement inédite dans cette région et certains lieux, villages ou propriétés transportent le touriste en Toscane ou en Ombrie. Mais pourquoi cette influence italienne qui a valu à Clisson d’être souvent appelée le « Tivoli français » ?

Méconnu et pourtant sculpteur talentueux, François-Frédéric Lemot est l’homme qui a transposé la douceur de l’Italie en pays nantais. On lui doit la sculpture d’Henri IV au Pont-Neuf, le décor de la tribune de l’Assemblée Nationale et la statue de Louis XIV sur la place Bellecour de Lyon ; mais aussi la création d’un jardin pittoresque avec des fabriques (constructions artificielles évoquant l’Antiquité telles que colonne, grotte, temple, statue) sur d’anciennes terres de chasse des seigneurs de Clisson. Entre esprit des Lumières et romantisme assuré, le ton est donné : impressionné par un séjour à Rome, François-Frédéric Lemot recompose et re-transpose à Clisson les motifs, les paysages qu’il a aimés en Italie.

Une « vague italienne » submerge la région et des peintres nantais (les frères François et Pierre Cacault par exemple) influencés par l’Italie ainsi que des artistes italiens importent leur art et construisent des habitations dans un style Renaissance italienne. L’ardoise et le granit sont remplacés par les briques, les tuiles et le crépi dans les fermes ou les demeures seigneuriales.

Dans la commune de Clisson, le Domaine de la Garenne Lemot, repris par le Conseil général, est un petit domaine à voir car il révèle pleinement cette influence italienne tout en mélangeant les genres par un ajout de créations contemporaines.

• Domaine départemental de la Garenne Lemot, 44190 Gétigné. Tél. : 02 40 54 75 85.

Le temple de l’amitié du cimetière de Clisson, face au domaine de la Garenne Lemot.

DR

À Gorges, l’Oiselinière est une ancienne maison de chasse des seigneurs de Clisson transformée aujourd’hui en chambre d’hôtes. Les premiers actes et baux du domaine (constructions et bâtis, plantation de vignes en Muscadet) remontent à 1335 et on sait que c’était là la résidence préférée pour élevage d’oiseaux de chasse d’Olivier V de Clisson.

Des amis de François-Frédéric Lemot, les Bertrand-Geslin, réaménagent le domaine à compter de 1800 dans un style néoclassique. Mais certains éléments « italianisants » sont très marqués : sur la façade ouest, une rangée de six oculus (niches circulaires entourées de briquettes) abrite des bustes d’hommes célèbres, corniches en génoises, bandeaux d’encadrement des baies. On peut aisément dire que cette villa qui remonte à 1830-1835 a été construite dans un style dit « à la clissonnaise ».

• Château de l’Oiselinière, 44190 Gorges. Tél. : 02 40 06 91 59 (réservation par téléphone conseillée pour la seule visite de la propriété qui produit plusieurs vins).

À Saint-Fiacre-sur-Maine, sur les bords même de la rivière, le Château du Coing est une belle exploitation viticole tenue principalement par des femmes, Véronique Günther Chéreau et sa fille Aurore.

Positionnement haut de gamme pour les vins du domaine ; mais influence italienne très marquée aussi dans certaines parties du corps principal du bâtiment et surtout dans les annexes et le fort beau pigeonnier.

Visites des caves et achats conseillés de bouteilles, le domaine produisant de beaux muscadets de garde qu’Aurore, en bonne œnologue, saura vous indiquer !

• Château du Coing, 44690 Saint-Fiacre-sur-Maine. Tél. : 02 40 54 85 24.

Un vignoble de muscadets crus communaux

Clisson fait partie avec Gorges et Le Pallet des trois communes qui bénéficient de cette appellation régionale afin qu’émerge l’idée de muscadets exprimant l’excellence de certains territoires. Les parcelles sont sélectionnées et répondent à un cahier des charges spécifiques créant des vins plus riches, structurés et complexes que les autres muscadets. Comparés à leurs « cousins », ces vins-là ont surtout un beau potentiel de garde. Avec des prix plus élevés, ils sont surtout présents sur les tables des restaurants.

Ces crus communaux font partie du vignoble de Loire-Atlantique qui se déploie sur près de 9 500 hectares. Et tout autour de Clisson, les vignobles confèrent des paysages un peu vallonnés et des coteaux verdoyants.

Cette balade a sûrement dû vous ouvrir l’appétit : alors n’hésitez pas à faire une halte à La Vallée. Parfaitement bien situé sur la rivière avec vue sur les ruines du château, l’établissement est d’un bon rapport qualité/prix en un aspect exotico-gastronomique. Bien qu’originaire de la région, le chef Hervé Déramé a voyagé et rapporté quelques épices ou produits qu’il aime marier avec ses plats.

Preuve en est quelques plats testés en février dernier : samossas de Serrano et de boudin antillais-vinaigrette de figue ; velouté de butternut-joues de bœuf et châtaignes ; bulots cuits dans un bouillon citronnelle et gingembre ; lard poêlé aux parfums du Maroc ; macaron au yuzu-punch coco et coulis de banane ; After Eight au Get 27 et sauce chocolat.

• Restaurant de La Vallée, 1, rue de la vallée, 44190 Clisson. Tél. : 02 40 54 36 23.

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Référence : LPA 26 Juil. 2016, n° 119h8, p.23

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