Zbigniew Dlubak, héritier des Avant-gardes

Publié le 27/03/2018

The streets are for the sun and not for people, 1948.

Armelle Dłubak / Archeology of Photography Foundation, Varsovie

Zbigniew Dlubak avait seulement 14 ans quand il commença à militer dans les jeunesses socialistes. Ce militantisme lui valut toutefois son exclusion du lycée où il était élève. Alors, ses parents, qui étaient des enseignants, lui dirent d’aller passer ses journées à la bibliothèque. Zbigniew qui souhaitait être peintre, se mit à dessiner, à lire des livres et des revues sur l’art. Il découvrit ainsi des peintres, tels Fernand Léger ou Kasimir Malevitch et un texte de Wladyslaw Strzeminsky intitulé : « L’unisme en peinture ». Mais la Seconde Guerre mondiale arriva, et il ne put terminer ses études, ne passa pas son bac, ce qui l’empêcha d’entrer plus tard à l’Académie des Beaux arts.

Quand Zbigniew Dlubak s’engagea comme résistant dans l’armée communiste, il découvrit la photographie en reproduisant des documents et des tracts de propagande.

En 1944, il fut arrêté lors de l’insurrection de Varsovie, déporté au camp d’Auschwitz puis au camp de Mauthausen. Là, il fut affecté à l’atelier de reproduction de plans, où il y rencontra des peintres. En cachette, dans son baraquement, il leur montra ses séries de petits dessins sur des morceaux de papiers.

À la fin de la guerre, quand il rentra à Varsovie, on lui proposa de s’occuper de la programmation du Centre culturel des armées. Ce fut alors pour Zbigniew Dlubak une période intense et fascinante de création. En 1947, eut lieu la première exposition de photographies au Club des jeunes artistes de Varsovie. Malheureusement, en 1949, avec le durcissement du régime communiste, son travail avec les artistes de l’Avant-garde polonaise fut interrompu. La censure et les purges exclurent Zbigniew Dlubak de l’armée. Âgé de 28 ans, il vivra dès lors une autre sombre période de sa vie.

Pendant trente ans, l’autodidacte qu’il était, écrivit, peignit et s’appliqua à révolutionner la photographie, avec des images qui vont et viennent de l’abstraction au documentaire. Les accrochages de ses expositions furent parfois étonnants, quand il mit par exemple des couches de feuilles de papier épinglées au mur, qui s’agitaient sous l’effet du souffle d’un ventilateur.

En 1976, Zbigniew Dlubak lança le Séminaire de Varsovie, dont le but était d’échanger sur le rôle social de l’art, puis en 1981, une rétrospective lui fut consacrée au Musée national de Wroclaw. En 1982, à la suite de la loi martiale, il s’installa avec sa femme, qui était Française, à Meudon.

La Fondation Henri Cartier-Bresson nous propose aujourd’hui de voir un ensemble de ses photographies. Ce théoricien et idéaliste tenta diverses approches avec ce medium, nous proposant des images qui ne sont pas toujours plaisantes. Ses images sont, pour la plupart, abstraites voire minimalistes. Nous pouvons voir par exemple des bouts de peau, des parties de mur, un coin de radiateur, des mains, des dos… Séries de motifs, de nus… Nous nous arrêtons étonné devant son travail. Il apparaît vraiment que Zbigniew Dlubak conceptualisa la photographie avec fascination et diversité, avec un esprit libre et engagé. Son expérience interroge, ainsi que la carrière qu’il mena à travers une activité de peintre, de photographe et de théoricien de l’image.

LPA 27 Mar. 2018, n° 133z4, p.15

Référence : LPA 27 Mar. 2018, n° 133z4, p.15

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