Les aventures de l’Ogre Compliance, ou le droit expliqué sous forme de conte

Publié le 24/12/2020 - mis à jour le 05/01/2021 à 16H03

Et si on essayait d’expliquer le droit, simplement,  avec des contes ? C’est le pari que fait Marie-Anne Frison-Roche, professeur de droit de la régulation et de la compliance, en publiant « Henry, Beau Fifi et l’Ogre Compliance ». Explications. 

Henry, Beau Fifi et l'ogre compliance - Couverture

Actu-Juridique : Vous venez de publier un conte intitulé « Henry, Beau Fifi et l’Ogre Compliance ». Pourquoi ressentez-vous la nécessité de passer par le biais d’un conte illustré pour parler de la compliance ?

Marie-Anne Frison-Roche : Bien que les jeunes pensent que les vieux sont idiots et réciproquement, je pense que les jeunes ont autant envie d’apprendre que nous, sont aussi curieux et enthousiastes. Mais apprendre est souvent ennuyeux, tout savoir est difficile d’accès et c’est à celui qui doit transmettre de faire en sorte d’être agréable. Si la soif d’apprendre est la même, les aptitudes techniques varient avec les époques. Dans les années 60, on a cessé d’apprendre la couture et on a passé le permis de conduire. Aujourd’hui, nous quittons la société de l’écrit pour celle de l’image. On sait toujours se concentrer mais sur autre chose, il faut s’adapter. L’idée du conte est venue de là et s’est imposée tout particulièrement en raison du fait que la compliance est réputée, à tort me semble-t-il, comme un sujet complexe. Quand j’ai découvert sur Netflix qu’une série pouvait enseigner à  52 millions de spectateurs les techniques d’ouvertures aux échecs, j’ai pensé qu’il était tout aussi possible d’expliquer au plus grand nombre la compliance, il suffisait simplement de trouver la bonne façon.

Actu-Juridique  : Ce conte met en scène un ogre, un chat lanceur d’alerte, un crapaud qui voulait être couvert d’or…

MAFR : La Compliance puise sa normativité dans ses buts, ici éradiquer la corruption. Comment l’exposer dans un cas pratique difficile sans rebuter ni tomber dans l’ennui ? J’ai trouvé deux artistes très doués qui ont créé le ton et les illustrations. Imaginez un crapaud qui vous attendrirait en geignant : il est si laid qu’il a besoin d’être recouvert d’or pour plaire aux grenouilles, dès qu’il perd son or, il est tout seul, il en demande donc au personnage, qui par gentillesse est tenté de lui en donner. Heureusement, il y a le petit chat lanceur d’alerte, qui prévient le gros Ogre Compliance, celui que personne n’aime au départ et…. laissons le lecteur découvrir la suite ! L’édition anglaise du premier volume est bientôt disponible  et la version espagnole est en cours de traduction. Si vous lisez entre les lignes, vous pourrez retrouver des concepts comme par exemple les parties prenantes ou la raison d’être. Mais cela n’est pas requis ; grâce au conte, il devient simple de comprendre ce qu’est la corruption, que l’or n’appartient pas au personnage et qu’il doit le rendre aux actionnaires. C’est quand même plus simple et plus agréable que la lecture des lois Sapin et Vigilance.  Beaucoup soutiennent que le droit est très compliqué, inaccessible et qu’ils sont les seuls à le maitriser : l’objet de ce livre consiste à faire le contraire. Ici la leçon à retenir c’est qu’il ne faut pas corrompre ni être corrompu. Que rien ne le justifie.

Actu-Juridique : La compliance ne sert pas uniquement à lutter contre la corruption, il y a aura d’autres volumes ?

MAFR : Oui, je suis en train de superviser la réalisation de la deuxième aventure, sur le conflit d’intérêt. Une dizaine de volumes sont programmés. Dans le prochain, de nouveaux personnages apparaissent, dont un juge. Le droit de la compliance est une nouvelle branche du droit, c’est le droit de demain capable de gérer la société de l’information dans laquelle nous sommes entrés et, par exemple de mettre en place une souveraineté sans Etat comme l’Europe est en train de l’établir. Grâce au droit de la compliance en effet, on est en train de créer une souveraineté européenne de la protection des données alors même qu’il n’existe pas d’Etat européen. C’est un droit essentiel qu’il faut largement diffuser. Fortement et simplement.

Actu-Juridique : A quel public vous adressez-vous ?

Toutes les personnes intéressées par la compliance, non seulement les étudiants en droit mais encore les entreprises qui ont besoin d’expliquer à leurs salariés pourquoi il faut appliquer la compliance. On sait que les formations internes ne sont pas toujours optimales parce qu’elles sont perçues comme d’ennuyeuses obligations : le conte peut justement permettre d’enseigner les réflexes fondamentaux de manière agréable et immédiatement compréhensible par tous. La « culture de compliance » est un enjeu majeur, en voilà un passage de choix !

 

Novembre 2020 – Journal of Regulation & Compliance éditions – 12 euros – Disponible actuellement en exclusivité à la librairie LGDJ 20 rue Soufflot 75005 Paris. Renseignements et commandes sur le site LGDJ

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