Procès de l’attentat de Strasbourg : le principal accusé est condamné à 30 ans de réclusion

Publié le 04/04/2024

Au terme de cinq semaines de débats, la cour d’assises spécialement composée a rendu son verdict, ce jeudi, dans le procès de l’attentat de Strasbourg qui a fait cinq morts et onze blessés le 11 décembre 2018. Le principal accusé, Audrey Mondjehi, est condamné aux réquisitions pour association de malfaiteurs terroriste.  

Procès de l'attentat de Strasbourg : le principal accusé est condamné à 30 ans de réclusion
Salle des grands procès où siège la cour d’assises spécialement composée. Palais de justice de Paris.  (Photo : ©P. Cabaret)

L’auteur de l’attentat Chérif Chekatt est mort le 13 décembre 2018 alors qu’il venait de tirer sur des policiers. Comme souvent dans les procès terroriste, ce sont donc ses proches qui ont du répondre durant cinq semaines de l’accusation de lui avoir fourni une aide, ici l’arme avec laquelle il a tué cinq personnes au marché de Noël et en a blessé onze autres. Contre le principal accusé, Audrey Mondjehi, le parquet a requis mardi 30 ans de réclusion, estimant qu’il avait été le pivot du projet en mobilisant ses réseaux durant plusieurs semaines pour trouver une arme avant de lui fournir, le matin même de l’attaque, le revolver meurtrier. En s’appuyant sur la décision rendue dans le procès des attentats de Trèbes et Carcassonne le 28 février dernier, la défense a plaidé mercredi l’acquittement, arguant du fait qu’il n’était pas démontré que l’accusé connaissait le projet d’attentat préparé par Chérif Chekatt, lequel aurait pu utiliser l’arme pour un vol ou un braquage. Poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste mais aussi complicité, il encourait la perpétuité. La cour d’assises a l’a déclaré coupable d’association de malfaiteurs terroriste, mais pas de complicité. Elle a considéré qu’il savait que le projet criminel était en cours d’élaboration, même s’il en ignorait les conditions précises. En revanche, il n’avait pas connaissance, lors de la remise du revolver, qu’il serait utilisé le soir même dans un attentat de masse. Ce qui a conduit à écarter la complicité. Elle le condamne à 30 ans de réclusion criminelle, avec une période de sureté des deux tiers, et une interdiction définitive du territoire français. 

Les trois autres accusés appartiennent à la communauté du voyage. Christian Hoffmann a vendu deux armes, une kalachnikov hors d’usage et un carabine 22LR qui a disparu. Quant aux frères Stéphane et Frédéric Bodein, ils ont été les intermédiaires avec Albert Bodein (84 ans, absent pour raison médicale) qui a vendu le revolver utilisé lors de l’attentat. Aucune qualification terroriste n’a été retenue finalement contre eux, ils comparaissent pour association de malfaiteurs de droit commun. Le parquet avait requis l’acquittement pour Stéphane Bodein et cinq ans (avec reliquat de la peine exécutée sous forme de bracelet électronique) contre son frère, ainsi que cinq ans aussi, mais assortis d’un mandat de dépôt, pour Christian Hoffmann. Leurs avocats ont plaidé mercredi que les conditions juridiques de l’infraction n’étaient pas réunies.

La cour a prononcé l’acquittement de Stéphane Bodein. Elle a condamné Frédéric Bodein à 4 ans de prison  et Christian Hoffmann à 5 ans.

 

 

Des enfants dans le prétoire

Lors d’un procès, il se passe aussi beaucoup de choses dans la salle. Ainsi aux audiences du procès de l’attentat de Strasbourg, dans l’immense salle construite pour abriter le fameux « V13 », les enfants de l’une des victimes de l’attentat étaient assis sur les premiers bancs. Quelques rangées plus loin, un autre enfant accompagnait certains après-midis sa maman. C’était le fils d’un accusé. Ils n’habitent pas la même ville et ne se connaissent pas. Le procès les a réunis dans ce prétoire. Ils ont écouté des heures durant des échanges arides sur des crimes atroces. Qu’en ont-ils compris ? Les uns ont perdu leur père, l’autre avait peur qu’on emprisonne le sien. Les enfants sont les victimes invisibles des affaires de terrorisme. Trop petits et trop fragiles pour être appelés à la barre, on n’entend pas leur voix. Ils souffrent en silence de la perte d’un parent, du traumatisme insurmontable d’un proche survivant, du poids d’une erreur ou de celui de la faute…Il est 20h40 ce jeudi soir, trois enfants sont assis au premier rang, à quelques mètres des accusés, et attendent de connaître la décision de la justice à l’encontre de ceux qui sont accusés d’avoir fourni l’arme qui a tué leur père.

Retrouvez l’ensemble de nos chroniques du procès de l’attentat de Strasbourg ici 

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